Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Festival


Une semaine à Angoulême (4)

 

Fils de de Carlos Abascal Peiró

Carlos Abascal Peiró a passé son enfance dans l'Espagne des années 90. Qu'est-ce qui l'a poussé, pour son premier long métrage, à s'intéresser au marigot du monde politique français ? Lui seul le sait et sans doute que le même récit aurait pu se passer ailleurs, avec une pincée de compromissions européennes pour assaisonner le tout. Bien d'autres films ont montré ce microcosme avec verve et ironie, il fallait donc que Fils de trouve des accroches nouvelles et modernes, lesquelles passent notamment par un rythme supersonique et toute une série de rebondissements censés pimenter une intrigue et surtout permettre de tirer à vue sur un sérail politique qui n'a pas besoin de la fiction pour être globalement dévalorisé auprès de l'immense masse des citoyens. Le scénario, une course à l'échalote en continu, avec un suspense dont on se fiche un peu marque par le peu d'épaisseur de chacun de ses personnages, réduits à l'état de pantins et de girouettes pathétiques, prêts à tout pour exister. Le casting cinq étoiles du film (Cluzet, Viard, Lutz, etc) ne sert à rien et les comédiens ne semblent pas tellement s'amuser, en définitive, en dehors de quelques punchlines bien senties. Comment, à vrai dire, s'intéresser sur la longueur à des individus aussi vils, lâches et cupides ? Les jeux de massacre les plus courts sont certainement les meilleurs

 

Les enfants vont bien de Nathan Ambrosioni

En France, chaque année, de 4 à 5 000 personnes majeures disparaissent volontairement. Et leurs proches, comment font-ils ensuite, devant ce deuil incomplet ? Nathan Ambrosioni, 26 ans et déjà 3 films à son actif, s'attaque à ce sujet dans une fiction dont le titre, Les enfants vont bien, a quelque chose d'ironique. Il s'agit d'un drame inversé, avec le moment le plus dur dès le démarrage du film, ne restent plus ensuite que les conséquences et elles sont, en l'occurrence, complexes à gérer, pour une sœur et des enfants. Maman est partie et Dieu sait quand elle reviendra, si jamais elle a l'intention de le faire. Il n'existe pas de remède miracle à un tel abandon, mais seulement des adaptations, plus ou moins satisfaisantes. Il y a peu de cris dans le film, mais beaucoup de chuchotements et des silences qui en disent long. Le réalisateur a misé sur la sobriété et il a eu entièrement raison, les situations parlant d'elles-mêmes. L'interprétation des enfants, très délicate avec de tels rôles à assumer, est plus que parfaite, dans un équilibre qui autorise l'émotion, sans en faire trop. Quant à Camille Cottin, elle se révèle tout bonnement remarquable, dans un contexte de femme libre, débarrassée de responsabilités, amenée à remettre en question sa vie et ses priorités.

 

Fanny de Yan England

Stéphanie Lapointe, au Québec, est célèbre pour ses talents d'actrice, de chanteuse et d'autrice de livres jeunesse (la série Fanny Cloutier). Elle signe le scénario de Fanny, réalisé par Yan England, un long métrage que l'on pourrait ranger dans la catégorie "drame d'aventure." Vu comment l'histoire évolue, on pourrait parler même de mélodrame, mais gageons que ce n'est pas un terme qui plairait beaucoup au cinéaste. Il y a du mystère dans l'air, avec un père trop souvent absent et une fille qui n'a jamais comblé l'absence de sa mère. La recherche d'une vérité cachée sera donc son unique obsession et la source de péripéties qui vont embarquer avec elles d'autres jeunes protagonistes. La morale de tout cela, c'est que les secrets ne doivent pas devenir des mensonges que le poids des années qui passent rendent de plus en plus insupportables. Fanny, en tant que récit d'apprentissage, ne démérite pas et l'on apprécie la bonne qualité de l'interprétation générale, de même que la somptuosité des paysages du Saint-Laurent. Mais le film se fait bien lourd dans ses dernières minutes et prend un malin à appuyer sur les choses les plus tristes, appelant, de manière un peu trop démonstrative, nos glandes lacrymales à s'activer. Fanny a beau viser tous les publics et, en particulier, celui des jeunes adultes, il n'était pas interdit de faire montre de davantage de retenue.

 

 


28/08/2025
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Une semaine à Angoulême (3)

 

Regarde d'Emmanuel Poulain-Arnaud

Il y a de quoi faire le plein de méfiance en découvrant le casting de Regarde et le duo Fleurot/Boon. Une

comédie sur le remariage ? Vous n'y êtes pas du tout, avec ce synopsis qui part d'une situation très

dramatique que l'on attend quand même mâtinée d'une bonne dose de tendresse. Le danger, là,

viendra d'un excès de pathos et c'est la bonne surprise de Regarde : on y pleure quasiment jamais,

même si quelques vagues d'émotion apparaissent de-ci, de-là, et l'on rit plutôt de bon cœur, dans des

registres très divers, y compris avec une certaine part de méchanceté, assez inattendue. De grâce,

n'évoquons pas les comédies italiennes, mais on est assez loin de la lourdeur habituelle de nos bonnes

vieilles recettes hexagonales. Le scénario tient la route et ne fait pas de promesses qu'il ne peut pas tenir.

Autre atout du film : sa belle image, il est vrai facilitée par la splendeur du spectacle de l'océan, du côté des

Landes. L'amour rend sûrement moins aveugle que la maladie, mais il y a cependant un optimisme,

nullement béat? qui prévaut dans le film et lui confère un caractère de feel good movie, qui n'était pas

gagné sur le papier. Ajoutez un Dany Boon sobre, une Audrey Fleurot modérément flamboyante et un jeune

acteur plein de promesses, Ewan Bourdelles, et vous obtenez un produit sans grumeaux et parfaitement

comestible.

 

Sans pitié de Julien Hosmalin

Le premier long-métrage de Julien Hosmalin est très personnel, pour au moins deux raisons : l’atmosphère

de fête foraine, qui est celle de son enfance, et le climat de violence, qui n'est pas étranger à sa jeunesse.

Dès le début de Sans pitié, il est évident que la forme sera très travaillée par cet admirateur du cinéma de

James Gray et de Quentin Tarantino. Son style convient parfaitement à une première partie très

convaincante, avec son ambiance inquiétante. La deuxième époque se révèle plus musclée et sacrifie les

dialogues pour une action sous tension permanente. On se retrouve dans un film de vengeance pur et dur, à

la mise en scène certes toujours peaufinée, mais qui paraît presque maniérée et exagérée, eu égard à un

scénario qui s’enfonce de plus en plus dans une noirceur constante, limite artificielle. Conçu comme une

œuvre dédiée à sa mère et à son grand frère, qui a joué dans sa vie le rôle d’un père absent, le métrage de

Julien Hosmalin, en tutoyant le film de genre, perd en authenticité et en sensibilité ce qu’il est censé gagner

en efficacité. Un petit peu d’une défaite foraine, en fin de compte.

 

La danse des renards de Valéry Carnoy

À l'adolescence, nul ne l'ignore, l'appartenance à un groupe reste pratiquement indispensable à l'identité

sociale, quel que soit le milieu concerné. A fortiori dans l'internat d'un sport-études comme celui dans

lequel évoluent les adolescents du premier long métrage du jeune cinéaste belge Valéry Carnoy. Une notion

exacerbée, en l'occurrence, par la recherche de performance et la compétition, en parallèle avec la

découverte de l'amitié, voire de l'amour, si l'occasion se présente. Injonctions à la virilité et santé mentale

sont également des aspects développés par le scénario de La danse des renards, qui ne hoquette jamais et

semble d'emblée placé sur les bons rails, avec une facilité presque déconcertante. Bien aidée par ses

jeunes interprètes, très talentueux, la mise aux poings (la boxe est le sport concerné) est efficace et

sensible, admirablement rythmée dans et en dehors du gymnase, notamment dans une forêt, d'où la

présence des goupils. Ce n'est pas un film prometteur, mais déjà une réussite accomplie, dans le créneau

très fréquenté du récit d'apprentissage, mais contextualisé et adapté à des situations bien précises dans

lesquelles la détresse psychologique ou toute autre faiblesse identifiée signifie un risque de survie très

menacée.

 


27/08/2025
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Une semaine à Angoulême (2)

 

Muganga - Celui qui soigne de Marie-Hélène Roux

Comment mieux faire qu’un documentaire pour évoquer l’œuvre du docteur Mukwege, prix Nobel de la Paix ? Et surtout, comment ne pas tomber dans l’hagiographie pure, avec un personnage aussi proche de la sainteté, cet homme qui répare les femmes, victimes des pires atrocités dans l’est de la « République dramatique du Congo. » Marie-Hélène Roux, née au Gabon, et qui connaît bien l’Afrique, a choisi de ne pas atténuer la violence, quitte à rendre parfois le film insoutenable. La mise en contexte est puissante, de temps en temps à la limite, mais permet d’éclairer la trajectoire lumineuse et cependant humble, d’un praticien confronté aux pires des situations. Muganga parvient ainsi à éviter presque tous les pièges liés à une biographie qui ne prendrait pas en compte tout l’environnement social, politique et humain de son héros. Isaach de Bankolé, trop rare au cinéma, donne à son personnage un charisme indéniable et compose, avec un Vincent Macaigne au taquet, un duo parfaitement crédible.

 

Pour mon bien de Mimmo Verdesca

Les mélodrames familiaux, dans leur douleur intime, peut être ce qu’il y a de plus beau, mais encore faut-il ne pas trop charger la barque émotionnelle. De facture très classique, voire désuète, Pour mon bien, le premier long-métrage de fiction de Mimmo Verdesca, pousse hélas le curseur jusqu’au maximum, accompagnement musical compris. Pourtant, si on les prend séparément, beaucoup de scènes touchent, quand la pudeur et la délicatesse s’y mêlent. Et ce, grâce aux interprétations remarquables de Marie-Christine Barrault, de Stefanie Sandrelli et, surtout, de Barbora Bobulova, forte héroïne au corps d’argile. Dans ce type de film, c’est le passé, forcément différent de ce qu’il semble être, qui tient le rôle principal et c’est un euphémisme de dire que son poids est écrasant. Ce n’est pas en soi gênant, mais l’équilibre n’est pas si facile à trouver entre le pathos et la subtilité dramatique.

 

Météors de Hubert Charuel et Claude Le Pape

Quel contraste avec Petit paysan ! Avec Météors, Hubert Charuel voulait parler d’un ami à lui dans une mauvaise passe, de ses liens, de sa ville et de ses habitants. Son nouveau film, réalisé avec la collaboration de Claude Le Pape, se déroule dans une périphérie urbaine et un environnement marqué par la grisaille, avec une météo pourrie, la plupart du temps. Avec cela, les trois jeunes personnages principaux vivent dans une certaine précarité, se retrouvent souvent alcoolisés et dans des situations invraisemblables. Des rêves ? Quelques-uns, oui, mais irréalisables. La mise en scène saccadée en ajoute encore dans ces perspectives bouchées et ce manque d’espérance. Le plus étonnant, et c’est sans doute volontaire, est l’absence de toute présence féminine ainsi que familiale. Nous sommes donc prisonniers de l’univers étriqué de ces jeunes gens, dont la seule alternative de travail est le fast-food du coin ou la participation à l’enfouissement de déchets radioactifs. Pas très gai, tout cela, et l’alchimie entre les acteurs, de même que l’embryon de suspense, sur la fin, ne suffisent pas pour y trouver son compte.

 


26/08/2025
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Une semaine à Angoulême (1)

 

La petite graine de Mathias et Colas Rifkiss

La petite graine, le premier long métrage de Mathias et de Colas Rifkiss, a été sélectionné au Festival du film francophone d'Angoulême et au FIFIGROT toulousain. À l'heure où ces lignes sont écrites, le film n'a pas encore de distributeur, mais il ne va pas tarder à en trouver un, à coup sûr. Au vu de son synopsis, trop explicite d'ailleurs, l'idée d'une comédie autour d'un sujet aussi grave peut faire craindre une dérive un peu graveleuse, ce qui n'est assurément pas le cas, même si les dialogues sont directs et les situations franches. C'est que le film, une fois son argument central plus ou moins épuisé, se reconvertit en quelque chose de plus profond, en forme d'anatomie du couple. Autour de l'impératif de l'enfant, "indispensable " pour une famille heureuse, le discours s'éloigne facilement d'un certain conformisme et emprunte des sentiers narratifs moins fréquentés. Les quatre acteurs principaux, dotés de physiques "normaux", qui permettent une identification immédiate, s'échappent, eux aussi, de leur profil initialement, et volontairement, légèrement caricatural. Ce n'est pas du Bergman, évidemment, et ce n'est pas le but, mais une œuvre à l'évidence très travaillée dans son écriture et qui s'autorise même quelques embardées, dans son atmosphère, via notamment des virgules sonores inattendues et bienvenues.

 

Les Invertueuses de Chloé-Aïcha Boro

Au FESPAC0 (Festival de cinéma et de télévision), à Ouagadougou, Les Invertueuses de Chloé-AÏcha Boro a suscité des réactions pour la plupart violentes. "Vous devriez avoir honte de montrer le désir d'une femme de 65 ans", a-t-on reproché, en substance, à lé réalisatrice burkinabé, qui avait mis plus d'un an pour trouver son actrice. Celle-ci, d'ailleurs, a dû quitter le pays. Ceci montre que l'émancipation féminine a encore bien des territoires à conquérir, et pas seulement en Afrique, bien évidemment. Ceci dit, l'autre personnage principal du film, une jeune fille à la recherche de son identité, n'a sans doute pas beaucoup plû, non plus, aux contempteurs des Invertueuses. Cette relation entre l'adolescente et sa grand-mère amoureuse reste cependant la plus belle idée du long métrage, auquel on reprochera principalement une lenteur trop marquée qui amenuise l'impact de certaines scènes, pourtant très belles. Sur un autre plan, la cinéaste évoque assez clairement le péril constitué par les groupes armés islamistes et un état de guerre presque permanent qui met en suspens la démocratie. Il faut du courage pour tourner et présenter un tel film dans "le pays des hommes intègres" où être une femme libre, quel que soit l'âge, paraît relever de la plus pure utopie, hélas.

 

La Poupée de Sophie Beaulieu

Berlanga, avec l'étonnant Grandeur Nature, et Kore-eda, avec le décevant Air Doll, font partie, parmi d'autres, des cinéastes qui ont mis au premier plan le personnage symbolique de la poupée gonflable. Sophie Beaulieu n'a pas encore l'aura de ces deux réalisateurs, mais elle n'a pas hésité à empoigner le sujet, tout en l'incluant dans une réflexion plus large sur le couple et le statut social des célibataires dans le monde du travail et, plus prosaïquement, au sein de leur famille. Attention, c'est une comédie, et même romantique, en l'occurrence, qui a pour premières vertus de ne pas se prendre trop au sérieux et de prétendre surtout à nous divertir. Mission plutôt réussie dans l'ensemble, avec une fantaisie de bon aloi, un joli sens de l'absurde et même une dose légère de fantastique. Les dialogues sont ciselés et souvent très directs, voire triviaux, en tout cas délectables, à quelques exceptions près, les situations sont croquignolettes et le rythme soutenu pendant 80 minutes. Mais le plaisir vient avant tout des interprétations, avec un Vincent Macaigne parfait dans l'ébahissement, mais d'abord une Cécile de France de compétition et adorable et une Zoé Marchal, la fille d'Olivier, qu'on aimerait certainement voir bien plus fréquemment au cinéma, à l'avenir. C'est une poupée à laquelle on dit oui, oui, oui.

 

 

 


26/08/2025
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Journal de La Rochelle (9)

 

A feu doux (Familiar Touch) de Sarah Friedland

Sur un thème régulièrement traité au cinéma, ces dernières années, À feu doux se place d'emblée au côté de son personnage principal, une vieille femme digne, qui croit encore maîtriser la réalité qui l'entoure. Sur son état, l'on comprendra aisément ce qu'il en est, de par les conversations entendues à la volée, dans un nouvel environnement pour elle. Avec pudeur et bienveillance, Sarah Friedland nous fait ressentir ce que la tête de son héroïne enregistre et analyse, sans céder un pouce à une vision pathétique des choses, bien que la tonalité globale soit évidemment d'une grande tristesse. Toute aussi délicate est la manière de montrer les rapports d'un fils avec une mère qui perd peu à peu le contact et insiste parfois dans le déni, sans oublier le travail des soignants. À feu doux a obtenu pas moins de trois prix dans le cadre de la Mostra de Venise 2024 : celui de meilleur premier film et, dans la section Orizzonti, celui de la meilleure actrice pour Kathleen Chalfant, ce qui semble amplement mérité, eu égard à sa prestation, tout en finesse, et enfin, celui de la mise en scène, distinction plus contestable car c'est bien le domaine dans lequel le long métrage reste on ne peut plus classique, voire même paresseux et sans grande créativité, malheureusement.

 

Que la bête meure de Claude Chabrol (1969)

Que la bête meure prend place dans la période la plus féconde de Claude Chabrol, adapté d'un livre policier signé du père de Daniel Day-Lewis. Philippe Noiret ayant renoncé au rôle de salaud que lui proposait le réalisateur (pour cause de mal de mer), Chabrol sonde Jean Yanne pour savoir s'il verrait un inconvénient à jouer une crapule et se voit offrir cette belle réponse par l'acteur : je n'y vois pas d'abjection. Pour cette fois, le cinéaste ne privilégie pas l'étude sociale, focalisant l'intérêt sur le duel entre ses deux personnages principaux, Jean Yanne, donc, et Michel Duchaussoy, tous les deux remarquables. Caroline Cellier et Maurice Pialat, dans des rôles secondaires, sont également parfaits. L'intrigue use parfois de ficelles un peu grosses mais qui y retrouverait à redire, franchement, avec une copie neuve qui rend grâce à l'excellence du travail de mise en scène. 

 

Little Trouble Girls (Kaj ti je deklica) de Urška Djukić 

Née en 1986, en Slovénie, Urška Djukić a notamment réalisé un court-métrage intitulé La vie sexuelle de ma

grand-mère. De quoi lui faire confiance, assurément, au moment de son passage au long avec Little Trouble

Girls. Comme de nombreux autres cinéastes auparavant, elle s'y attaque à l'adolescence, dans un récit

d'apprentissage au féminin qui, fort heureusement, se distingue par sa mise en scène, délicate et sensuelle,

mais aussi son scénario; qui traite du désir, de la confusion et de la compétition au sein d'un se déroule au

milieu d'un chœur de filles, dans une sorte de séminaire destiné à la perfectionnement de leur art vocal. En

outre, leur appartenance à une école catholique ajoute encore au plaisant trouble d'un film, qui n'hésite pas

à construire des passerelles entre religion et sensibilité charnelle et entre candeur et perversité. Avec un

soupçon d'onirisme par dessus et de jeunes actrices étonnantes, notamment l'héroïne, Little Trouble Girls

parvient à marquer de sa personnalité un thème pourtant rebattu. Au point que, lorsque la projection

s'achève, après un peu moins de 90 minutes, c'est une certaine frustration qui s'installe, en se remémorant

cette histoire de transport émotionnel et physique, qui laisse un tout petit goût d'inachevé.

 

 


06/07/2025
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Journal de La Rochelle (8)

 

Kontinental '25 de Radu Jude

Radu Jude a réalisé Kontinental '25 en une semaine, profitant d'une pause dans le tournage de son Dracula. Le cinéaste roumain poursuit ainsi la radiographie contemporaine de son pays, ici dans la ville de Cluj, avec toujours la même férocité mais aussi un sens de l'absurde qui démontre qu'il possède en lui un veine humoristique, particulière, il est vrai, qui apporte un peu de légèreté. C'est du Radu Jude pur jus, en tous cas, à travers le parcours de son héroïne, confrontée à un drame qui l'amène à reconsidérer son métier de huissière de justice et à culpabiliser. Mais, plus globalement, le cinéaste s'en prend une nouvelle fois aux dérives de son pays, sur un ton sardonique et cinglant : le capitalisme à tout crin, le nationalisme (face au voisin hongrois, notamment), les rancunes historiques, la corruption endémique, etc. Le film a été tourné vite et cela se voit quand même, par exemple dans son montage abrupt et l'inégalité d'intérêt des scènes. Ce n'est certainement pas son long métrage le plus marquant mais il a le mérite de se situer dans une constance thématique et de ne jamais brosser le spectateur dans le sens du poil. On peut lui préférer d'autres cinéastes roumains, moins "chaotiques" que lui mais sa singularité reste indéniable, dans le sillon social qu'il ne cesse de creuser.

 

Oui (Ken) de Nadav Lapid

Nadav Lapid a déjà illustré son peu de goût quant à l'évolution de la société israélienne et de la politique de son Gouvernement dans ses films précédents. Mais après le 7 octobre, Oui raconte un pays où l'esprit de vengeance se transforme en fureur sans limite, alimentée par une propagande de plus en plus véhémente. Évidemment, le cinéaste traite le sujet à sa manière, d'abord flamboyante, dans des débuts très réussis où la musique et la danse créent une ambiance électrique, puis bien plus chaotique où le film, de plus en plus radical, pousse les curseurs au maximum mais sans la fluidité narrative que l'on était en droit d'attendre. Lapid n'a jamais prétendu à la sobriété mais nous voici rapidement pris dans un capharnaüm, un maelström ou un tumulte indescriptible, choisissez le terme que vous préférez, les trois pouvant convenir. C'est parfois brillant, souvent délirant et toujours excessif, comme si la demi-mesure n'était plus possible pour évoquer un pays sous tension, écumant de rage. Était-ce nécessaire d'aller vers un cinéma aussi extrême ? Le tempérament et le style lapidaire du réalisateur ne laissaient pas présager des options plus modérées. Entrez dans ce vortex en toute connaissance de cause, quelle que soit votre opinion sur la situation au Moyen-Orient, impossible d'en sortir autrement que secoué et épuisé.

 

Liliane (Baby Face), Alfred E. Green, 1933

En pleine période Pre-Code, Baby Face (le titre français, Liliane, n'est guère plus utilisé) dresse un portrait de femme devenue ambitieuse, qui utilise les hommes pour grimper dans l'échelle sociale. L'intrigue est linéaire et la mise en scène de Alfred E. Green assez fade mais c'est efficace, avec une référence amusante à Nietzsche et une prestation de Barbara Stanwyck convaincante, après une expérience acquise notamment au théâtre et chez Capra. Dans le rôle de cette fille sans code moral, elle surpasse largement tous ses partenaires masculins y compris un certain John Wayne, bien tendre (alors qu'il a le même âge que l'actrice) et qui ne fait qu'une brève apparition. 

 


05/07/2025
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Journal de La Rochelle (7)

 

Confidente de Çagla Zencirci et de Guillaume Giovanetti

Le duo turco-français composé de Çagla Zencirci et de Guillaume Giovanetti aime à changer de registre dans chacun de ses longs métrages. Ainsi, Confidente n'a rien à voir avec le magnifique Sibel et nous fait entrer de plain pied dans un centre d'appels érotique, situé à Ankara, précisément en l'an 1999. Le film est un huis-clos et l'intrigue ne progresse qu'à travers des appels téléphoniques, qui vont varier de tonalité et quitter une certaine crudité pour aller vers l'angoisse et le tragique, à cause d'un tremblement de terre survenu à Istanbul. Confidente est plutôt meilleur que la plupart des films "au bout du fil", qui ont fleuri ces dernières années, mais il reste malgré tout, et en dépit de son rythme soutenu, un exercice de style, qui connaît parfois des rebondissements "téléphonés", désolé pour l'horrible jeu de mots. D'autre part, si on a le malheur de quitter l'écoute un court moment, le risque est grand de perdre une peu de compréhension, dans un ensemble qui fustige le machisme ambiant et la corruption généralisée. Si le film ne perd pas de son intensité, il le doit avant tout à son interprète principale, constamment à l'image, et remarquable de bout en bout, à savoir la géniale Saadet Işıl Aksoy qui, à elle seule, parvient à personnifier le courage et l'honnêteté des femmes, dans une société qui ne cesse de les rabaisser et de les traiter avec mépris, condescendance et hypocrisie.

 

Les larmes du crocodile (Air Mata Buaya) de Tumpal Tampubolon

Présenté au Festival de La Rochelle 2025, après être passé notamment par Toronto, Busan et Londres, Les larmes du crocodile n'a pas, au moment où ces lignes sont écrites, de date de sortie française mais cela pourrait changer, espérons-le. Ce film, venu d'une contrée, l'Indonésie, bien peu représentée sur nos écrans, est en effet loin d'être inintéressant, déjà par son cadre peu banal, celui d'un parc à crocodiles, dirigé par une femme et son fils, liés par une relation fusionnelle, qui va être mise en péril par l'arrivée d'une jeune femme bien sous tous ses rapports. Le récit d'apprentissage est somme toute assez habituel mais il baigne dans une atmosphère très particulière, au milieu d'animaux qui passent leur temps la gueule ouverte, placides et immobiles, en attendant l'heure du déjeuner. Oui, le fantastique s'invite bien dans Les larmes du crocodile, mais pas façon Weerasethakul, dans une veine plus classique et attendue, mais qui ne manque pas d'un certain style, cependant. Sans s'inscrire au rang de chef d’œuvre, loin de là, ce premier film de Tumpal Tampubolon, qui n'aurait pu voir le jour sans l'aide initiale du département de la Charente-Maritime (publicité gratuite) suscite une certaine fascination dans sa lente montée vers un paroxysme libérateur ou tragique, ce sera selon la perception de chacun.

 

Désir de femme (All i desire) de Douglas Sirk (1953)
Désir de femme n'appartient pas à la série des grands mélodrames de Douglas Sirk en technicolor mais

son noir et blanc semble parfaitement adapté à cette histoire de rédemption, d'illusions perdues et de

pardon d'une femme, qui retrouve la petite ville qu'elle a quittée, des années plus tôt, en abandonnant mari

et enfants, pour une hypothétique carrière théâtrale. La mise en scène de Sirk est soyeuse et Barbara

Stanwyck, qui a largement dépassé la quarantaine, excelle en séductrice sur le retour (dans tous les sens

du terme), au caractère complexe et contradictoire. Joliment agencé et compact par sa longueur, le film est

absolument à (re)découvrir sur grand écran.

 

 


04/07/2025
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Journal de La Rochelle (6)

 

Miroirs n°3 de Christian Petzold

Les amateurs de la petite musique petzoldienne en conviendront sans doute, pour la majorité d'entre eux. Miroirs N°3 n'est pas le meilleur film du cinéaste allemand. Mais il n'est pas décevant non plus, dès lors que l'on a pris l'habitude d'attendre avec impatience ses récits épurés, qui en disent et en montrent peu mais qui utilisent des détails a priori insignifiants (les caprices d'un lave-vaisselle) pour évoquer la difficulté de communiquer et de s'aimer. Oui, c'est un film sur le deuil, avec deux histoires en miroir, évidemment, mais c'est bien davantage, un voyage tranquille dans les ressorts de l'âme humaine, avec ses mystères, sans une recherche absolue de l'émotion, celle-ci venant comme par effraction, avec une bienveillance du film pour ses différents personnages, tous plus ou moins touchés par les aléas de la vie. On ressort de là avec plein de points d'interrogation sur la suite de l'intrigue et on est heureux d'avoir passé près de 90 minutes avec la merveilleuse Paula Beer. Ne pas négliger non plus l'humour sous-jacent de plusieurs scènes, qui confinent presque au burlesque, avec chutes et défaillances mécaniques. Et puis il y a ce romanesque qui ne se pare pas de couleurs chatoyantes mais s'insinue dans des moments d'échanges, de regards ou de silences. A bien y réfléchir, Miroirs n°3 n'est pas un film aussi anodin qu'il y paraît et en plus, il fait du bien.

 

Sirât d'Oliver Laxe

Après les étincelles de Viendra le feu, son précédent long métrage, l'attente était grande devant Sirât, avec une expérience sensorielle ultime espérée. C'est bien là que se situe la surprise (et la déception) du film, dans son incapacité à nous embarquer dans un véritable trip dans le désert, même avec une musique de rave plutôt excitante en fond sonore. Quel dommage que les personnages manquent autant de profondeur et que, soudainement, les péripéties s'enchaînent, inutilement cruelles, d'ailleurs, dans un pile ou face censé être explosif mais qui ne peut être considéré comme autrement que gratuit. L'objet radical promis n'est vraiment pas au rendez-vous et l'on se contentera d'une sort de mix aléatoire entre Enter the Void et Le salaire de la peur, soit une aventure qui ne manque pas de sable mais certainement de sel. Attention, l'ennui ne plane pas au-dessus de Sirât, qui se suit sans déplaisir aucun car le sud marocain est éblouissant et Oliver Laxe sait parfaitement le filmer, quand il délaisse les corps en transe dans des scènes déjà vues mille fois. Ce bon Sergi López est lui relativement neutre, dans un film que l'on nous promettait extrême et féroce. Ce qu'il n'est pas vraiment, cheminant vers on ne sait quel horizon, et finissant presque par s’ auto-détruire. C'est peut-être ce que l'on appelle prêcher dans le désert.

 

Kika de Alexe Poukine

Alexe Poukine vient du documentaire et cela se voit, assez souvent pour le meilleur, dans son premier long métrage de fiction, Kika, qui n'a bien sûr rien à voir avec l’œuvre éponyme d'un certain cinéaste espagnol. Durant plus de la moitié du film, la réalisatrice nous enchante avec le portrait d'une assistante sociale dévouée qui va devoir encaisser les coups du destin, sans que le récit ne perde de sa fraîcheur ni de son humour toujours bien placé. Dans la deuxième partie de Kika, l'aspect documentaire tend cependant à s'imposer, au détriment du "romanesque", en explorant le monde trouble du BDSM, certes montré sans excès de voyeurisme mais sur un mode un peu répétitif. Le portrait de femme, si juste et palpitant auparavant, se dilue alors dans une succession de vignettes qui ne font pas dérailler le film mais l'orientent dans une autre direction, pas forcément celle qu'on attendait. Reste un métrage globalement attachant, entre réalisme pur et dur et pittoresque jamais malaisant, porté une actrice d'exception, Manon Clavel, dont la découverte d'un univers nouveau se fait avec un mélange de candeur, d'étonnement et de détermination, qui permet à tout un chacun, de s'identifier à elle, avec le recul et la bienveillance nécessaires, devant des pratiques qui sont, pour la majorité d'entre nous, peu familières. Ou quand le social est en souffrance, dans l'acception multiple du terme.

 


04/07/2025
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Journal de La Rochelle (5)

 

 

The President's Cake (Mamlaket Al-Qasab) de Hasan Hadi

L'Irak de 1990, avec son culte insensé et obligatoire à Sadam Hussein, a tout d'un pays qui pourrait se nommer l'Absurdistan. Pour son premier long métrage, Hasan Hadi a choisi pour personnage principal une petite écolière, accompagnée de son coq apprivoisé, en quête d'ingrédients pour confectionner un gâteau à l'occasion de l'anniversaire du dictateur. Une chronique à hauteur d'enfant qui va du delta du Tigre et de l'Euphrate à la grande ville de Bassora et qui permet de dresser un portrait à la fois effrayant et pittoresque d'un régime en sursis, où les fastes qui entourent le chef de l'’État contrastent avec le manque des biens élémentaires de sa population. Le film s'inscrit dans les pas de Kiarostami et un peu du néo-réalisme italien pour ce conte illuminé par le beau visage d'une fillette qui a appris à se battre et à éviter les dangers qui l'entourent. Mais The President's Cake, qui a obtenu la Caméra d'or en 2025, montre aussi un sens de l'image évident dans sa réalisation et une certaine maîtrise pour ne pas tomber dans l'émotion facile, la caricature ou la naïveté. S'il y règne une paradoxale douceur, due à sa protagoniste principale et à l'élégance du trait dans la mise en scène, les scènes les plus marquantes sont celles de l'embrigadement forcené des foules et, notamment, des enfants.

 

L'incroyable femme des neiges de Sébastien Betbeder

9 ans après son Voyage au Groenland, Sébastien Betbeder est de retour chez les Inuits, via un détour par le Jura. Vu son titre et la présence de Blanche Gardin, L'incroyable femme des neiges s'annonçait comme une comédie, bien dosée avec une pincée d'absurde et une bonne louche de fantaisie, mais ce n'est vraiment pas cela, enfin pas seulement. Le film comporte deux périodes bien distinctes, aux tonalités divergentes mais il n'en perd pas toutefois son unité, à mesure que la découverte de son personnage principal, Blanche Gardin, donc, parfaitement à l'aise, se fait de plus en plus précise. Les moments hilarants se font progressivement plus rares, une fois un certain mystère levé mais les paysages enneigés et surtout l'empathie évidente du cinéaste pour le mode de vie inuit, vu sans aucune recherche de pittoresque, compensent largement un tel changement de registre. Le long métrage ne cesse d'être agréable, sans véritables temps morts, bien que l'on regrette un peu que les excellents Bastien Bouillon (singulier) et Philippe Katerine (sobre) ne servent finalement que de faire-valoir à leur camarade de jeu. Quant à la mise en scène de Sébastien Betbeder, elle est égale à ce qu'elle a été dans le passé, un brin décevante, eu égard à ses scénarios qui montrent une malice et même un soupçon de folie, que l'on ne retrouve pas dans la réalisation.

 

L'intérêt d'Adam de Laura Wandel

Il est un peu tôt, après seulement deux longs métrages, mais il semble assez évident que ce qu"aime par dessus tout Laura Wandel, dans son cinéma, c'est de nous placer en immersion, au cœur de toutes les tensions. Après la maternelle d'Un monde (quel film !), voici le service de pédiatrie d'un hôpital public, avec L'intérêt d'Adam dont le récit suit particulièrement le quotidien stressant d'une infirmière qui allie humanité, dévotion et discipline, dans la mesure de ses possibilités et au sein d'un quasi chaos. Une soignante héroïque (l'hôpital qui ne se fiche pas de la charité), ou presque, et qui se débat avec sa hiérarchie mais aussi avec des cas cliniques problématiques, comme celui de cette femme isolée, suivie par la justice, et de son enfant qui ne se nourrit pas correctement. Au plus près de ce désordre plus ou moins organisé, le film de la réalisatrice bruxelloise dit beaucoup sur les maux de l'hôpital et, plus largement, sur une certaine misère sociale. 73 minutes compactes suffisent à L'intérêt d'Adam pour nous faire ressentir un état fébrile permanent, avec une mise en scène aiguisée, un scénario au cordeau et une interprétation impressionnante d'une Léa Drucker qui n'en finit pas de sidérer par l'étendue de son talent. Dans un rôle beaucoup moins valorisant, Anamaria Vartolomei, confirme, elle, qu'elle est de la graine des grandes comédiennes.

 


03/07/2025
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Journal de La Rochelle (4)

 

La femme qui en savait trop (Shahed) de Nader Saeivar

Ceux et celles qui suivent le cinéma iranien de près ne seront pas dépaysés par La femme qui en savait trop, coécrit par Jafar Panahi et Nader Saeivar, son réalisateur. Néanmoins, on est toujours stupéfait et admiratif devant le courage manifesté dans des scénarios qui mettent en cause le régime et ses préceptes de plus en plus contestés. Comme le dernier long métrage de Saeed Roustayi, Woman and Child, mais aussi comme la plupart des films d'Asghar Farhadi, La femme qui en savait trop est une histoire d'engrenage, qui accule ici un personnage de vieille femme, seule contre tous, ou presque, en tous cas une communauté d'hommes, solidaires pour des raisons diverses, qui ont le plus souvent à voir avec la compromission ou la corruption. Avant le générique de fin, poignant, le film symbolise la liberté des femmes par la danse, sans contrainte ni hidjab. Manquant peut-être un peu de fluidité, si on veut lui chercher un défaut, La femme qui en savait trop est un nouvel acte de résistance dans une société qui semble se diriger vers sa nécessaire déchéance mais qui résiste encore par la menace et l'avilissement. Le cinéma iranien témoigne d'une évolution inéluctable avec ses moyens et sa capacité de toucher le public international, notamment à travers les festivals. Et là bas, le combat continue.

 

Un coeur pris au piège (The Lady Eve) de Preston Sturges, 1941

Preston Sturges a connu son pic de gloire de cinéaste entre 1940 et 1944 mais ce fut durant cette courte

période un feu d'artifice ininterrompu de merveilles. Un cœur pris au piège ou, si l'on préfère, The Lady Eve

en est une de taille, transcendée par le couple Henry Fonda/Barbara Stanwyck. Le premier, héritier

richissime et dadais de compétition est sidérant et la victime d'une multitude de maladresses qui

transforment parfois le film en slapstick. Le rythme du métrage va d'ailleurs crescendo, déconstruisant et

détruisant avec jubilation les fondations de la comédie américaine. Benêt qu'un au revoir semble dire une

Barbara Stanwyck proche du sublime à son partenaire, amoureux stupide (pléonasme ?). Une splendeur à

voir sur grand écran, cela va sans dire.

 

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça (Que he hecho para merecer esto) de Pedro Almodóvar, 1984

Il n'est pas inutile de revenir parfois aux sources des plus grands cinéastes, à l'occasion d'un festival, et de

découvrir une œuvre dont on n'est plus très sûr si on l'a vue ou non. Le quatrième long métrage de Pedro

Almodóvar, par exemple, est un film très intéressant d'un réalisateur qui maîtrise déjà son art, à part

peut-être dans la conduite de son récit, mais celui-ci, aussi foutraque soit-il, ne manque pas de charme.

Hommage au néo-réalisme italien et aux travailleurs vivant dans les HLM de la banlieue madrilène,

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça dresse un portrait de groupe avec ses excentriques en tous genres,

tout en cernant une femme de ménage au bord de la crise de nerfs, débordée et au désir d'émancipation.

Almodóvar y parle bagatelle crûment, à l'occasion, mais c'est la dérision et l'humour qui l'emportent, même

dans les scènes les plus scabreuses. Quant à Carmen Maura, elle est formidable.

 


02/07/2025
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