Une semaine à Angoulême (6)
Les Tourmentés de Lucas Belvaux
Les Tourmentés, c'est le titre d'un roman de Lucas Belvaux que le cinéaste n'avait, a priori, que peu envie de porter à l'écran. Par ailleurs, l'idée de réaliser un remake des Chasses du comte Zaroff lui était bien passée par la tête, mais… Belvaux, il lui faut de la pâte humaine à pétrir et finalement, il est revenu à son livre, qu'il a eu toutes les peines du monde à transposer au cinéma. Il a bien fait d'insister, car Les Tourmentés, après une mise en bouche appétissante, ne cesse de jouer avec les spectateurs, et surtout avec les instincts voyeuristes de ceux-ci. Ce qui l'intéresse, au premier chef, au-delà des mécanismes habituels que sont l'argent, l'amour et la mort, ce sont les rapports entre les êtres, de la confiance à la méchanceté, en passant par l'ambigüité. Et l'on est diablement bien servi dans Les Tourmentés, même si l'on n'est pas obligé de souscrire à tous les rebondissements psychologiques du film et, notammentn à son dénouement, lequel en frustrera plus d'un et, a contrario, ravira les autres, pour son pied-de-nez. Dans cette machine de guerre bien huilée, avec ses courts flashbacks et projections sur l'avenir, Niels Schneider et Ramzy Bedia, quoiqu'impeccables, se font ravir la vedette par la surprenante Linh-Dan Pham, jamais vue dans ce registre. Quant à savoir à combien estimer le coût de la vie d'un homme, la réponse figure, ou pas, dans le film.
Furcy, né libre d'Abd Al Malik
"Une quête universelle de liberté, de justice et d'amour", ainsi Abd Al Malik présente-t-il son long métrage, Furcy, né libre, la véritable histoire d'un homme noir de la première moitié du XIXe siècle, qui n'a cessé de tenter de faire reconnaître l'illégalité de son statut d'esclave. Un film qui n'est pas sans faire résonner un écho dans le monde d'aujourd'hui mais qui s'arrime d'abord puissamment dans l'Histoire, au temps de l'esclavagisme sur l'île de la Réunion, dans les champs de canne à sucre. Le combat judiciaire de Furcy, pendant longues années, marque comme un symbole de toute une économie inhumaine et d'une époque où les esclaves étaient considérés par leurs maîtres comme des meubles (sic) et avait-on jamais vu une armoire réclamer son émancipation ? Non, n'est-ce pas ? Inattaquable sur le fond, le film se démarque aussi sur la forme, avec des images parfois atroces et d'autres très belles. Son côté didactique est nécessaire pour comprendre les difficultés de la lutte sans relâche de Furcy et tout juste peut-on reprocher au film une certaine grandiloquence, de temps en temps, et quelques détails comme le vieillissement des personnages, pas très convaincant. Makita Samba impose sa prestance et son éloquence, parfaitement accompagné par Romain Duris et Vincent Macaigne et une foule de seconds rôles.
Le gang des Amazones de Mélissa Drigeard
C'est une histoire bien singulière, mais authentique, que celle racontée dans Le gang des Amazones, surnom donné par la presse, au début des années 90, à de jeunes braqueuses du Vaucluse. Peu de choses ont été fictionnées dans un récit très documenté qui instaure un équilibre presque parfait entre avant les faits, pendant et après. Malgré un début un peu poussif, destiné à installer une atmosphère, à présenter ses personnages féminins et à expliquer le contexte social, le film progresse avec vélocité, dans une mise en scène simple et efficace, vers un dénouement à suspense, en tout cas pour ceux qui ont oublié ou ignorent les tenants et aboutissants de cette affaire. Déterminisme social ou appât du gain, le film peut sembler avoir choisi son camp, mais laisse tout de même planer une certaine ambiguïté et c'est ce qui le rend passionnant, notamment dans sa deuxième moitié. Au premier rang des malfrates (il existe, ce mot ?), Lyna Khoudri marque encore les esprits avec une prestation époustouflante. Elle est très bien entourée, à vrai dire, par Izia Higelin, Laura Felpin et Mallory Wanecque. Des jeunes femmes que l'on suit avec un plaisir non dissimulé, dans leur habileté à faire sauter la banque, activité assez peu morale, pourtant, vous en conviendrez.
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