Cinéphile m'était conté ...

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Toujours Alès (5)

 

Escape de Lee Jong-pil

Dans l'abondante production du cinéma d'action coréen, il existe un sous-genre lié à la géopolitique, le film de frontière, celle avec la Corée du Nord, bien évidemment. Escape, réalisé par Lee Jong-pil, ne fait pas dans la dentelle mais son efficacité est certaine. Déjà, parce que sa description de l'armée Nord-Coréenne, en particulier, et du régime du pays, en général, délivre tous les clichés attendus, sans doute en grande partie parce qu'ils sont vrais. Ensuite, à cause d'un rythme haletant, dans une poursuite échevelée entre celui qui lorgne la liberté au Sud de Pyongyang et son chasseur qui veut absolument l'en empêcher, autant pour des raisons idéologiques que personnelles. Le personnage du méchant, ici, est très réussi, avec beaucoup de nuances dans sa personnalité et son inhumanité trop viscérale. Il faut aussi l'avouer, il est inutile d'être trop regardant sur l'improbabilité de certaines situations et sur la crédibilité de péripéties poussées à l'extrême. Peu importe, Escape montre un esprit spectaculaire, totalement décomplexé, et risque même d'amuser les privilégiés Nord-Coréens qui auraient accès au film, d'une manière ou d'une autre. Car l'humour, même cruel, fait aussi partie du cahier des charges, au même titre que la violence.

 

Ghostlight de Kelly O'Sullivan et Alex Thompson

Ghostlight est un film de famille, à plusieurs titres. D'une part, parce que le scénario du long métrage de Kelly O'Sullivan et Alex Thompson (un couple dans la vie) raconte l'existence de trois membres d'une même famille (père, mère, fille) dont on découvre, au fur et à mesure, ce qui plombe leur relation et d'où vient la tristesse et la colère qui les étreignent, plus souvent qu'à leur tour. D'autre part, dans ce film tourné à Chicago, avec des acteurs locaux, à une exception près (l'excellente Dolly de Leon), le trio principal de comédiens a les mêmes degrés de parenté dans la réalité que dans la fiction. L'alchimie est parfaite dans cette œuvre de "troupe", avec un hommage appuyé au théâtre amateur et à Shakespeare, en particulier, dont le Roméo et Juliette sert ici de thérapie, avec un poignant effet miroir (en dévoiler davantage serait un crime). Ghostlight bouleverse par sa pudeur intrinsèque, avec ses petits triomphes qui cautérisent, un peu, une plaie ouverte que seul le temps atténuera. A son écriture délicate et sensible correspond une mise en scène discrète mais précise, qui met en avant des comédiens remarquables, à commencer par l'insolente Tara Mallen, pas plus intimidée que cela de jouer avec ses véritables parents dans la vie. Bourré d'humanité blessée, Ghostlight est une petite merveille émotionnelle du cinéma indépendant américain, lequel ne cessait de décevoir, ces dernières années, dans un style trop reconnaissable et non exempt de clichés auteuristes

 

Un monde merveilleux de Giulio Callegari

Depuis le début de l'écriture d'Un monde merveilleux, jusqu'à la sortie en salles, il s'est écoulé près de 5 ans. Le monde dystopique que décrit le film de Giulio Callegari n'est pas encore d'actualité mais avec l'avènement de l'IA, disons que l'on s'en rapproche un peu plus chaque jour. Confronter une femme asociale rebelle à un univers où les robots domestiques pullulent, telle est, en tous cas, la bonne idée de départ du long métrage, qui n'est certes pas un manifeste mais une fantaisie qui a pour objectif premier de divertir, avec son interprète principale, une Blanche Gardin en grande forme, dont les dialogues avec son presque ami robot valent le détour, même s'ils se situent parfois sous la ceinture. Le film a le bon goût d'être court et rythmé et possède même quelques moments poétiques ainsi qu'une mise en scène loin d'être neutre. Rien de bouleversant dans tout cela, c'est entendu, mais la naïveté programmée du robot a pour effet de désarmer les êtres humains en face de lui et de leur redonner, paradoxalement, une identité régénérée et, pourquoi pas, une autre vision de la société et de la liberté. Pas sûr que le film vieillisse bien mais cet instantané d'un futur trop proche a au moins le mérite de faire sourire et, éventuellement, de faire réfléchir au monde qui nous attend.

 



26/03/2025
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