Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Ici, c'est Montpellier (5)

 

Italie, Espagne, France : on ne peut plus méditerranéen, donc.

 

Delta, Michele Vannucci

C'est un endroit humide et le plus souvent brumeux. Le delta du Pô reste la cible des braconniers, dans ses méandres qui s'apparentent à un labyrinthe. Question atmosphère, Delta, le long-métrage de Michele Vannucci a du répondant et y imaginer un western aqueux pouvait sembler une excellente idée, à fleur de Pô. L'affaire ne s'engage pas si bien, pourtant, avec un début de film éclaté entre ses divers personnages, qu'il serait trop rapide de qualifier de bons et de méchants (les uns préservent la nature, les autres la saccagent). A cette entame un brin confuse suit une action pas toujours très maîtrisée, avec des profils psychologiques à peine consistants, avant un final qui se veut resserré et tragique, mais pas forcément aussi passionnant que sur le papier. Les deux personnages féminins principaux auraient mérité un plus plus d'espace, de façon à assurer ainsi plus de nuances à un scénario qui se perd in fine dans un excès de testostérone. Les dernières minutes sont interminables, malgré l'abattage de ses acteurs majeurs, Alessandro Borghi et Luigi Lo Cascio, qui mouillent vraiment la chemise, c'est le cas de le dire. Delta laisse des regrets, dont celui d'avoir vu un film rarement convaincant, au-delà de son ambiance, comme coincé entre film d'auteur, aux questionnements environnementaux, et récit d'action pure, bien trop schématique dans ses développements.

 

Lullaby, Alauda Ruíz de Azúa

Cinco lobitos (Cinq louveteaux), le titre original du premier long-métrage de Alauda Ruiz De Azua, fait référence à une comptine très connue en Espagne. C'est l'une des petites choses que se transmettent les mères à travers les générations, soit précisément le principal sujet du film qui traite de la maternité, du couple et des sacrifices à faire dans le cadre d'une vie familiale, bouleversée par l'arrivée d'un nouveau-né. Une histoire pas aussi simple qu'il n'y parait mais racontée avec un naturalisme acidulé où l'humour se mêle à une certaine cruauté, pour mieux laisser éclater des bulles de tendresse et l'émotion qui en découle. Cinco lobitos est moins brillant qu'un Almodovar, bien entendu, mais tout y sonne juste grâce à des dialogues acérés et à une finesse d'écriture qui se retrouve jusqu'aux moments les plus périlleux du point de vue dramatique. Les hommes sont un peu en retrait, pas très courageux en vérité, dans ce bal des mères, la plus jeune et l'ancienne, chacune avec un caractère bien trempé, quitte à commettre quelques erreurs de parcours. Laia Costa et Susi Sánchez.ne figurent pas parmi les actrices espagnoles les plus célèbres (en France, en tous cas) et c'est un atout supplémentaire pour les rendre plus crédibles encore, dans des rôles pas spécialement sympathiques d'ailleurs mais qu'elles défendent avec une belle vitalité.

 

Maestro(s), Bruno Chiche, sortie le 7 décembre

Pour Maestro(s), Bruno Chiche s'est inspiré du film israélien Footnote, qui traitait d'une relation père/fils difficile, accentué par le fait qu'ils exerçaient la même activité et se retrouvaient en concurrence. L'idée générale a été gardée mais le contexte professionnel a été modifié, avec cette fois deux chefs d'orchestre dont on imagine assez bien que le plus vieux a mené son rejeton à la baguette (ah, ah !), durant ses années de formation. C'est donc à une guerre des égos que nous convie Maestro(s), à un véritable combat des chefs (hum), avec la prestigieuse Scala de Milan en perspective. Il y a assez peu de surprises dans un film qui va crescendo et évite toute fausse note, avec un scénario un tantinet convenu et une mise en scène qui ne l'est pas moins, hormis dans les parties musicales, plutôt enthousiasmantes, avec un finale grandiose, dont l'aspect rassembleur et émotionnel pourra sembler éventuellement forcé à certains (des non mélomanes, sûrement). Maestro(s) mérite une bonne note pour ses dialogues, interprétés tambour battant par le duo Arditi/Attal ,qui se régale des quelques rosseries qu'ils ont à distiller l'un envers l'autre. Dans un cinéma français de divertissement où la finesse semble une denrée de plus en plus rare, Maestro(s), sans prendre de risques particuliers, et avec hélas des rôles féminins un peu fades, est de ces films qui se dégustent sur le moment avec un certain plaisir, même si sa trace s'estompera bien vite après la projection.

 



27/10/2022
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