Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Cinemed m'était conté (2)

 

Au programme : solidarité kosovare, étrangeté turque et générosité italienne.

 

Hive (Zgjoi), Blerta Basholli

Quand le premier film de Blerta Basholli, déjà auréolé de 3 prix à Sundance, a été présenté à Pristina, la capitale du Kosovo, il a déclenché des scènes d'émotion collective jamais vues depuis la fin de la guerre. Le film est basé sur une histoire vraie, celle d'une femme d'un petit village dont le mari a sans doute péri mais dont le corps n'a toujours pas été identifié. Avec d'autres femmes, celle qui ne tire que de modestes revenus de son activité d'apicultrice, décide de lancer sa petite entreprise en conditionnant une recette régionale, l'ajvar, à base de poivrons rouges. Une initiative qui ne peut que heurter le patriarcat traditionnel constitué par les plus vieux du village qui n'ont de cesse de voir son affaire échouer. C'est une belle histoire de résilience, de courage et de solidarité que la réalisatrice traite avec un style impeccable et une dignité de tous les instants sans céder aux sirènes du mélodrame. Resserré sur à peine plus de 80 minutes, Hive n'a rien d'un documentaire, nous laissant sans cesse sous tension et frissonnant de peur quant à ce qui pourrait arriver à ces héroïnes. Que ce film admirable, et pas seulement sur le fond, puisse sortir dans les salles françaises serait la moindre des honneurs à lui faire.

 

Kerr de Tayfun Pirselimoglu

Un homme d'âge moyen, de retour dans sa bourgade natale pour l'enterrement de son père, est témoin d'un meurtre. A partir de là, tout va partir à vau-l'eau dans Kerr, un récit qui semble un condensé du cinéma de Kaurismäki et des romans de Kafka. C'est peu dire que le film de Tayfun Pirselimoğlu, cinéaste turc peu connu, hormis des habitués des festivals, joue avec l'absurde et l'inquiétant, dans cette petite ville décatie où des chiens enragés courent les rues et où chaque rencontre est pour le "héros" de l'histoire une source d'incompréhension et d'hébétude. Le comédien principal est d'ailleurs parfait en ahuri, incapable de saisir ce qui se passe autour de lui. Si cela peut le rassurer, le spectateur de cet étrange film n'est pas plus avancé, se demandant avec circonspection si tout cela n'est pas une sorte d'allégorie de la Turquie d'Erdogan (?). Quoi qu'il en soit, le film se regarde sans lassitude, au moins pendant un certain temps avant, presque fatalement, de tourner en rond et d'aboutir à un dénouement qui n'en est pas vraiment un. Manier le bizarre et l'insensé n'est pas une entreprise si simple et le film échoue quand même en partie, se prenant peut-être au sérieux, en oubliant de saupoudrer d'humour une intrigue à laquelle on veut bien adhérer, mais seulement pendant un temps.

 

Anima bella de Dario Albertini

La première qualité de Gioia, l'héroïne du deuxième long-métrage de fiction de Dario Albertini ? Assurément, la générosité et l'altruisme, non seulement vis-à-vis de sa communauté rurale mais aussi de son veuf de père, dont l'addiction au jeu semble une malédiction. De la campagne à la ville, la caméra du cinéaste ne quitte jamais cette jeune femme volontaire de 18 ans, qui semble ne rien craindre pour elle-même, y compris de sacrifier une partie de sa jeunesse à essayer de sauver son père. Un beau personnage, décrit avec délicatesse et précision par un réalisateur qui a signé trois films documentaires pour commencer sa carrière. Si Anima bella n'a pas disposé d'énormes moyens, cela n'entrave en rien le sentiment de proximité avec le récit et surtout avec son personnage principal. Dans ce cinéma-là, qui rappelle par certains côtés celui d'Alice Rohrwacher, il n'y a pas de place pour l'esbroufe ou pour la flamboyance. Tout juste peut-on regretter, et encore, que Anima bella ne s'éloigne pas parfois de Gioia pour se rapprocher du père qu'on ne voit finalement que par les yeux de sa très dévouée fille. Celle-ci est incarnée par Madalina Di Fabio, une actrice vraisemblablement débutante et prodigieuse de bout en bout.

 



18/10/2021
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