Cinéphile m'était conté ...

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Retrouvailles à La Rochelle (9)

 

Trois kilomètres jusqu'à la fin du monde   (Trei Kilometri Pana La Capatul Lumi), Emanuel Pârvu

Les familiers du cinéma roumain contemporain ne seront pas dépaysés par le troisième long-métrage d'Emanuel Pârvu, Trois kilomètres jusqu'à la fin du monde. Dans l'histoire de ce jeune garçon agressé pour des raisons que l'on comprend vite mais qui embarrassent d'abord sa famille puis les différents rouages de l'autorité locale (police, chef d'entreprise douteux, Église), la défense de la victime devient moins une nécessité que la volonté d'étouffer l'affaire sans créer de vagues. C'est bien d'un engrenage qu'il s'agit, comme souvent chez Mungiu, et le classicisme de la réalisation allié à l'importance accordée aux dialogues est très habilement maîtrisé par le cinéaste, qui décrit sans fard les valeurs traditionnelles, que l'on pourrait aussi bien qualifier d'archaïques, d'une petite communauté confite dans ses croyances et incapable de tolérance vis-à-vis d'une prétendue "déviance" de l'un de ses jeunes membres. En résultent de petits arrangements et compromissions entre soi, pour ne pas attirer la "honte" sur un monde renfermé sur lui-même. Situé dans les paysages somptueux du delta du Danube, le film aurait pu, petit bémol, utiliser encore davantage les beautés naturelles des sites, qui contrastent avec l'étroitesse de pensée de ses habitants.

 

L'histoire de Souleymane de Boris Lojkine

L'histoire d'Abou Sangare n'est pas tout à faire celle de Souleymane, mais elle lui ressemble pour une

grande part et son interprétation, à fleur de peau, respire la plus pure'authenticité. Au même titre d'ailleurs

que le scénario du film de Boris Lojkine, qui a parfois des allures de documentaire vibrant, resserré dans le

temps et dans la précision des situations de précarité. Impossible de ne pas trembler pour Souleymane,

clandestin à Paris, venu de Guinée, livreur qui sillonne les rues de Paris, au milieu du chaos de la circulation,

parfaitement invisible aux citoyens en règle. Le danger est présent partout et la pression insoutenable,

avec de prétendus amis qui ne pensent qu'à soutirer de l'argent. L'enjeu pour Souleymane est connu

depuis le début du long-métrage : réussir un examen qui peut lui permettre d'obtenir le droit d'asile. Tout

est violence dans le récit, autour d'un homme qui se bat et dont le film dresse le portrait avec un haut degré

d'humanité mais sans pour autant faire de son personnage un héros exemplaire. Toute la structure narrative

est construite dans l'attente de l'entretien décisif de Souleymane et les dernières minutes de L'histoire de

Souleymane ne déçoivent pas, tendues au possible, et source d'une émotion longtemps contenue.

 

 

 



06/07/2024
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