Cinéphile m'était conté ...

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Provision de vieux films (Mai/2)

Le fusil de chasse (Ryôjû), Heinosuke Gosho, 1961

Midori découvre que son mari plus âgé entretient une liaison avec sa cousine qui vient de divorcer. Elle se tait pendant 8 ans. Ryôjû est une fine adaptation du bref roman épistolaire de Inoue. Douglas Sirk aurait fait son miel d'un tel sujet de mélodrame mais Gosho, hormis peut-être pour la musique, maintient son récit dans la tradition du grand cinéma japonais classique avec beaucoup de dialogues et des sentiments qui ne s'expriment jamais que dans une certaine douceur, dissimulant mensonges, jalousie et cruauté. Le film est visuellement somptueux et la beauté des deux actrices principales est étourdissante. Quant au fusil de chasse, il n'a pas l'utilisation que l'on attend même s'il a son importance lors d'une scène parmi les plus intenses. Le film est un bel objet, un peu trop retenu peut-être.

 

Laura nue (Laura nuda), Nicolo Ferrari, 1061

Laura, une jeune femme de la bourgeoisie de Vérone, cherche à s'émanciper, mais est désespérément confrontée à ce qu'elle considère être l'hypocrisie des hommes et au conformisme de la société. Peu connu, même des spécialistes du cinéma italien, Nicolo Ferrari n'a tourné que 2 longs-métrages de fiction et 4 documentaires. Abusivement étiqueté Nouvelle vague, Laura nue appartient davantage à un cinéma existentiel italien des années 60, qui n'a pas uniquement été illustré par les errances d'Antonioni, mais que l'on retrouve surtout dans le sublime Je la connaissais bien de Pietrangeli. Bavard et parfois fastidieux, le film de Ferrari est un portrait de femme qui n'a de véritable attrait que par son interprète principale, Giorgia Moli, hélas assez rare au cinéma même si elle figure notamment dans Le mépris de Godard.

 

Les copains d'Eddie Coyle (The Friends od Eddie Coyle), Peter Yates, 1973

Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux, un bandit de maigre envergure accepte de travailler comme indic pour la police. Un film dans la grande tradition des années 70, dont le principal attrait est son atmosphère. Tenu pour beaucoup en haute estime, il manque pourtant de profondeur et parvient difficilement à maintenir son intérêt au fil de plusieurs braquages de banques et de conversations un peu longuettes. Mitchum est loin d'être constamment à l'écran et se contente d'une grande sobriété dans son jeu, en loser un peu pathétique, ce qui ne l'empêche pas, son charisme naturel, sans doute, de planer au-dessus du reste de l'interprétation, plutôt fade. Peter Yates mérite sans aucun doute d'être revalorisé mais davantage pour des films comme John et Mary, La guerre de Murphy ou La bande des quatre, par exemple.

 

L'épreuve (Iris och löjtnantshjärta), Alf Sjöberg, 1946

Un lieutenant, issu d'une riche famille, est amoureux d'Iris, une soubrette. Il refuse de se marier avec une héritière que son père lui a choisie. Le film est aussi appelé Iris et le coeur du lieutenant et a concouru à la Mostra de Venise. Eclipsé par Bergman, Alf Sjöberg, de 13 ans son aîné a pourtant été récompensé du Grand Prix à Cannes avec Tourments et Mademoiselle Julie. L'épreuve est un très beau film, qui touche au mélodrame, et évoque les désirs de liberté d'une jeunesse suédoise qui étouffe dans la rigueur protestante (voir aussi les premiers films de Bergman). Très cruel quand il s'agit d'évoquer la main mise d'un patriarche sur le cocon familial, le film se fait presque lyrique pour l'histoire d'amour pure qui n'a pas vocation à durer. Le scénario n'en réserve pas moins un rebondissement de taille dans ses dernières minutes. Mai Zetterling, future réalisatrice, est magnifique dans le rôle d'Iris.

 

J'avais 19 ans (Ich war neunzehn), Konrad Wolf, 1968

En avril 1945, l'Armée rouge avance vers Berlin. Le jeune lieutenant Gregor Hecker, qui vit en Russie et fait office d'interprète, n'a plus revu son pays natal depuis son enfance. J'avais 19 ans fut l'un des rares films est-allemands à connaître une carrière internationale, bien au-delà du bloc communiste. C'est un film de guerre un peu particulier, d'une part parce que le conflit touche à sa fin, et d'autre part parce qu'il s'agit ici de l'arrière de l'armée soviétique, chargée de pacifier les contrées traversées. Le film ressort du genre propagandiste, mais sans excès, marqué cependant par une vision de l'Armée rouge pour le moins idyllique. Il y a un mélange de tonalités qui en fait un long-métrage à part, qui ne s'attache peut-être pas suffisamment à son héros, étranger dans son propre pays. Wolf n'a pas l'étoffe d'un Maetzig ou d'un Staudte dans ce cinéma est-allemand dans lequel il reste beaucoup de films à découvrir.

 

 



12/05/2020
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