Provision de vieux films (Août/1)
Les jeunes loups, Marcel Carné, 1968
Alain, d'origine modeste, est prêt à tout pour s'enrichir. Et sa petite amie, Sylvie, doit s'accommoder de ses infidélités auprès de toutes celles qui peuvent faciliter son ascension. Il est de bon ton de stigmatiser les derniers films de Carné et notamment ces Jeunes loups, longtemps invisibles après leur sortie en avril 1968. Le film est effectivement assez lamentable mais il est aussi fort réjouissant pour cette raison. Carné l'a rejeté avant même le tournage, beaucoup d'éléments ayant été censurés, en particulier la bisexualité de son héros. Qu'importe, ce témoignage sociologique, qui avance à coups de clichés et de racisme anti-vieux et anti-bourgeois, ne manque pas de gueule avec son gigolo vaguement inspiré du Bel Ami de Maupassant. L'interprétation est bas de gamme, hormis pour Roland Lesaffre et Maurice Garrel, et les dialogues sont souvent à pleurer. C'est donc très amusant à regarder, au quinzième degré et en essayant d'apercevoir de Niro, figurant pour la deuxième fois après Trois chambres à Manhattan.
Dragées au poivre, Jacques Baratier, 1963
Un jeune homme de bonne famille rêve de devenir acteur. Pour ce faire, il suit partout sa sœur Frédérique, entichée de cinéma-vérité. Le film n'a pas de scénario et enquille les figures libres, de vagues sketches et des numéros de comédie musicale. Cette bouillabaisse convoque un nombre impressionnant de vedettes, y compris Vadim et Vitti, Belmondo et Signoret ou encore Karina et Brasseur ... Pour pas grand'chose hélas, dans ce qui se veut (peut-être) une sorte de satire de la Nouvelle Vague. Le problème majeur vient de l'écriture, les différentes saynètes ne parvenant pas à décrocher le moindre sourire. Et certains acteurs, dont Blanche et Dufilho, voire Bedos, sont totalement en roue libre et comment dire, passablement ridicules.
Avec la peau des autres, Jacques Deray, 1966
Un chef du Service de Renseignements français est envoyé en mission à Vienne afin de tenter de découvrir la provenance des fuites enregistrées durant les derniers mois. Nous sommes bien dans la capitale autrichienne mais très loin du Troisième homme. L'intrigue est un peu nébuleuse quant aux motivations des espions éventuellement doubles mais c'est la loi du genre. Un petit jeu du chat et de la souris pas désagréable mais un peu fade, pas aidé par la mise en scène anonyme de Deray et la platitude du jeu de Ventura. Seul Jean Bouise et son personnage ambigu apporte un peu de piment. Pour le reste, A Vienne que pourra !
La kermesse rouge, Paul Mesnier, 1947
Une jeune fille de bonne famille échappe à son destin en se mariant avec un peintre montmartrois. Ce dernier va progressivement perdre son talent, contrairement à sa femme, également devenue artiste. C'est un peu l'histoire d'Une étoile est née qui prend forme dans le Montmartre de la fin du XIXe siècle. Le film est très correctement réalisé par Paul Mesnier, qui signera plus tard une nouvelle version de Poil de carotte, et comporte surtout une reconstitution réussie du célèbre incendie du Bazar de la Charité (1897). Albert Préjean (trop vieux pour le rôle) et Jean Tissier assurent le service syndical tandis que la très méconnue Andrée Servilange surprend par son jeu sensible et discret. Sa carrière fut pourtant assez brève et jamais en haut de l'affiche.
Nous sommes tous des assassins, André Cayatte, 1952
Ancien homme de main de la Résistance, Le Guen a tué à nouveau après la guerre. Il est condamné à mort. De courage, Cayatte n'en manquait pas, au début des années 50, pour s'attaquer à la peine de mort, dénonçant toute l'hypocrisie d'une société. Comme il lui a été souvent reproché, il le fait sans s'embarrasser de beaucoup de nuances, tous les arguments étant censés appuyer son plaidoyer. Certains sont moins recevables que d'autres et le cinéaste en fait parfois trop, frisant le hors sujet (la vendetta corse). Cependant, contrairement à ce que s'affirmait Truffaut et consorts, il y a bien un art de la mise en scène chez Cayatte (les préparatifs avant l'exécution de la sentence) et une solide direction d'acteurs. Marcel Mouloudji n'a jamais eu un plus grand rôle et il est tout bonnement remarquable, bien épaulé par Frankeur, Pellegrin et les autres.
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