Provision de vieux films (Août/5)
La fille Rosemarie (Das Mädchen Rosemarie), Rolf Thiele, 1958
Rosemarie use de ses charmes pour attirer de riches industriels dans son lit et leur soutirer des secrets pour le compte de la concurrence française. La Rosemarie dont il est question a bien existé et a été assassinée dans les années 50. Mais le film de Rolf Thiele ne cherche pas la vérité sur l'affaire, se présentant davantage comme une farce satirique sur le miracle économique allemand, dans un pays encore en reconstruction, avec le portrait de capitalistes sans vergogne et sans morale. Si le scénario manque un peu de fluidité, son aspect visuel est convaincant (le ballet des Mercedes noires) de même que les chansons d'un trio (représentant le peuple) qui agissent comme un choeur antique. Prestation excellente de Nadja Tiller en présence de poids lourds du cinéma germain : Gert Fröbe, Peter van Eyck et le plus jeune Mario Adorf.
Woyzeck, Werner Herzog, 1979
Woyzeck et sa femme habitent une petite ville de garnison. Méprisé et humilié par sa hiérarchie et ses condisciples, la folie guette le soldat Woyzeck. Le film est important pour Herzog, une adaptation de la dernière pièce (inachevée) de Büchner, son écrivain de chevet dont il partage les vues sur l'absurdité du monde. Tourné en peu de jours après Nosferatu, Woyzeck est brut et sans concession jusqu'à la scène du meurtre, filmé au ralenti. On peut admirer mais aussi peu goûter cette vision radicale de l'existence humaine, où Herzog montre abruptement (et amoureusement, à sa manière) ceux qui comme Woyzeck ont la clairvoyance des fous ou des simples d'esprit puisque tel est le sentiment qu'ils donnent aux supposés sains d'esprit. C'est l'occasion pour Kinski de jouer un rôle d'halluciné, pas vraiment une composition, qui lasse un peu avec ses yeux exorbités et ses propos décousus.
Le château hanté (Das Spukscloss im Spessart), Kurt Hoffmann, 1960
Une bande de fantômes aide une comtesse désargentée à conserver son château face à des promoteurs immobiliers. Cette suite de l'Auberge du Spessart (pas vu) surprend et consterne dans un premier temps par son alliance guère subtil entre comédie musicale, burlesque appuyé et fantastique. Et puis on s'y fait et on prend même un peu de plaisir devant ce récit loufoque qui a pour lui un rythme échevelé, des effets spéciaux artisanaux, des chansons amusantes et surtout un côté satirique qui n'épargne rien, ni les capitalistes, ni les communistes, ni les nostalgiques du 3ème Reich. Pas un monument de finesse mais une comédie enlevée avec la pétillante Liselotte Pulver.
Les comédiens (Komödianten), Georg Wilhelm Pabst, 1941
En Allemagne, vers 1750, Caroline Neuber tente d'améliorer le sort des acteurs, qui sont méprisés car considérés comme des vagabonds. De retour en Allemagne, Pabst tourne deux films durant la deuxième guerre mondiale, loin de toute propagande. Les comédiens serait aujourd'hui présenté comme un biopic en tant que hommage à une grande dame du théâtre allemand qui lutta toute sa vie pour lui donner ses lettres de noblesse et lui ôter son image de divertissement vulgaire. Le film est bien construit, pêchant principalement par son interprétation, souvent outrée. Pabst a bénéficié de moyens importants et sa mise en scène est d'assez bonne facture, à condition de ne pas la comparer à celle de ses films muets. Avec ce portrait d'une véritable entrepreneuse, le cinéaste signe un film à la fois humaniste et féministe.
Des roses pour le procureur (Rosen für den Staatsanwalt), Wolfgang Staudte, 1959
Pendant la guerre, le caporal Kleinschmidt est condamné à mort pour avoir volé du chocolat. Il est sauvé par un raid aérien. Plus de 10 ans plus tard, il retrouve celui qui l'avait jugé. Sur le thème des anciens nazis qui ont réussi à s'intégrer dans la nouvelle Allemagne, en cachant leur passé, Wolfgang Staudte (qui a réalisé plusieurs films en RDA avant de passer à l'ouest) signe une comédie très percutante et amère. Excellemment mis en images mais surtout remarquablement écrit, le film fait partie d'un cinéma allemand d'avant la nouvelle vague (Fassbinder, Schlöndorff, Herzog, Wenders), longtemps méprisé mais que l'on redécouvre avec bonheur aujourd'hui avec notamment Käutner et Staudte comme figures de proue.
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