Carrousel de vieux films (Septembre/3)
L'heure de la vérité, Henri Calef, 1964
Un officier nazi s'est réfugié en Israël après la guerre. Devenu ingénieur, il se fait passer pour un rescapé des camps et sa femme attend un enfant. Sujet ô combien risqué, notamment en 1964, juste après le procès Eichmann. Si suspense il y a, il n'est pas pour le spectateur dans l'identité de cet imposteur puisque les premières images la révèlent. La voie suivie par le film aurait pu être toute autre mais l'intérêt ici est dans la psychologie de cet homme, qui tente de se racheter sans y parvenir, obligé de mentir à tous ceux qui l'entourent y compris à celle qu'il aime. L'heure de la vérité est hélas assez lourd dans son traitement, avec une mise en scène très raide et presque théâtrale. Cependant, le dénouement, quand tout est éclairci, ne manque pas de hauteur. Excellente interprétation de Karlheinz Böhm, qui fut notamment Le voyeur de Michael Powell. Le film n'est pas sorti dans les salles françaises suite à la faillite des producteurs.
Le cave se rebiffe, Gilles Grangier, 1961
Une bande de malfrats fait sortir le "Dabe" de sa retraite pour superviser une prometteuse affaire de fausse monnaie. De la contrefaçon considérée comme l'un des beaux-arts, cette comédie de Gilles Grangier n'a rien de trépidant ni d'audacieux si ce n'est par son amoralité assumée. Ce sont évidemment les dialogues d'Audiard qui font la différence, quelques perles mises dans les bouches expertes de Gabin et Blier, des maîtres-étalons en matière de jactance, indépassables. Le reste du casting souffre un peu en comparaison, notamment Maurice Biraud en sous-régime ou encore Martine Carol, assez absente. Bonne idée que d'avoir fait appel à quelques anciens : Ginette Leclerc, Françoise Rosay, Antoine Balpêtré. L'image donnée des femmes dans le film est plutôt déplorable mais bon, nous sommes clairement dans un cinéma fait par des hommes qui ne craignaient pas une quelconque réaction féministe à leur encontre. C'est un cinéma populaire, solide et sans autre prétention que celle de divertir. Et qui tient toujours la route de nos jours.
Topaze, Marcel Pagnol, 1936
Consciencieux et honnête, le professeur Topaze est mis à la porte de son établissement. Il devient l'homme de paille d'un couple d'aigrefins. Mécontent de la version de sa pièce tournée trois ans plus tôt, Pagnol en réalise une première version avant une seconde en 1951, bien plus connue, avec Fernandel. Cela sent beaucoup le théâtre filmé et l'inexpérience d'un cinéaste encore apprenti qui s'est entouré de comédiens relativement médiocres. La force du texte, autour de l'idée que l'honnêteté ne paie pas, permet au film de ne pas être totalement raté mais c'est très laborieux, notamment dans une première partie assez sinistre. Topaze, à l'image de son interprète, reprend des couleurs quand le cynisme le plus décapant s'impose. Un peu tard tout de même pour sauver ce film maladroit et fastidieux pour la plus grande part.
Le dessous des cartes, André Cayatte, 1948
Un banquier, responsable d'un scandale financier, fuit dans la montagne guidé par un jeune contrebandier. Sa femme refuse de le rejoindre et il se suicide. Cinéaste depuis 1942, Cayatte est déjà un réalisateur aguerri avec 8 films tournés. Il n'en est pas encore à ses pamphlets judiciaires qui le rendront célèbre mais il y a quelques éléments annonciateurs dans Le dessous des cartes. Ce thriller alpin, dont l'assassiné est inspiré de Stavisky, est assez riche en rebondissements avec son scénario qui évoque de loin ceux de Clouzot. Malgré une bonne caractérisation des personnages dont aucun n'est vraiment blanc comme neige, l'interprétation générale est un peu juste. Meurisse est hésitant dans sa suavité caustique et Madeleine Sologne pas très convaincante en veuve intéressée. En revanche, Reggiani, fruste et viril, tient bien son rôle de même que son chien fidèle qui a les honneurs de la dernière image du film.
Etes-vous fiancée à un marin grec ou à un pilote de ligne ? Jean Aurel, 1971
Entre son travail au ministère de la culture, sa femme et sa maîtresse, Blanchard est un quadragénaire qui s'ennuie copieusement. Jean Yanne a cosigné le film avec Jean Aurel et ne va pas tarder à passer à la réalisation. Le ton du film, gentiment anarchisant, lui ressemble et se combine assez bien avec les habituelles interrogations de son metteur en scène, obnubilé par les jeux de l'amour et du hasard. C'est assez plaisant à regarder, léger et ironique comme la voix off qui commente de temps à autre les faits et gestes de cet homme en vague crise de la quarantaine. Un mâle français du début des années 70, typique, et assez représentatif d'une société embourgeoisée qui se croit malheureuse. Le film vaut pour ses scènes spontanées qui rappellent quelque peu le cinéma de Lelouch. Jean Yanne est d'un naturel confondant, bien entouré par le talent et la beauté de Françoise Fabian et de Nicole Calfan. Francis Blanche est parfait en supérieur atrabilaire et Roger Peyreffite croquignolet en ministre de la culture.
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