Guirlande de vieux films (Novembre/1)
Le miroir à deux faces, André Cayatte, 1958
Grâce à une annonce, un petit professeur besogneux épouse une jeune fille intelligente et sensible mais au physique ingrat. Connu essentiellement pour ses films à thèse, qui ne sont pas tous inintéressants, Cayatte s'est souvent penché sur l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus complexe. Il connait bien le mélodrame, pour en avoir signé au début de sa carrière, notamment avec Pierre et Jean, sans doute son meilleur film. Tourné entre le très singulier Oeil pour oeil et l'excellent Le passage du Rhin, Le miroir à deux faces offre une belle réflexion sur le couple, sur l'apparence et sur la condition de la femme à la fin des années 50. Les deux personnages principaux, formidablement interprétés par Bourvil et Michèle Morgan, qui joue presque un double rôle, ont une psychologie finement dessinée et une appartenance sociale à la fois très ancrée dans son époque et finalement intemporelle. Le miroir à deux faces pourrait être une sorte de conte très triste et humain qui s'intitulerait Le nez au milieu de la figure. A part pour son épilogue, trop sentimental, le film est d'une grande justesse.
Chemins sans lois, Guillaume Radot, 1947
Une gitane enceinte est recueillie à la frontière espagnole par une vieille femme qui se révèle être à la tête d'une bande de contrebandiers. La vénérable Marguerite Moreno vole la vedette à Ginette Leclerc dans un film qui commence bien avant de se perdre dans une histoire de vengeance sentimentale sans grand intérêt. On se console (un peu) avec les belles vues des Pyrénées mais le film est vraiment très laborieux même s'il y a deux ou trois scènes à sauver, à la lisière du fantastique, un genre que le réalisateur a déjà pratiqué, notamment avec Le loup des Malveneur.
L'ours et la poupée, Michel Deville, 1969
La 2 CV d'un violoncelliste rustique et mal léché entre en collision avec la Rolls d'une jeune femme écervelée et capricieuse. Tentative assez gauche de démarquage de Screwball Comedy, genre dans lequel le duo Deville/Companeez est d'habitude plutôt à l'aise. Mais le scénario est étique, se réduisant dans la deuxième partie du film à une poursuite amoureuse et absurde entre Cassel et Bardot, qui ne ménagent pas leur peine, l'un et l'autre, à la lisière du surjeu. Le bât blesse également du côté des dialogues qui cherchent la fantaisie sans la trouver. Un film de Deville n'est jamais totalement désagréable et il a réussi quelques bonnes choses dans la décennie 60 mais là, à moins d'aimer follement la musique de Rossini, l'alchimie n'est pas au rendez-vous.
Crime et châtiment, Georges Lampin,1956
Un étudiant tourmenté assassine une vieille usurière. Pour l'argent ou par haine sociale ? Moins fidèle à Dostoïevski que la version de Pierre Chenal (1935), celle de Georges Lampin est supérieure par son atmosphère de film noir, assez typique des meilleures réalisations du cinéma français des années 50. Il n'y a plus rien de russe dans ce Crime et châtiment mais un scénario convaincant de Charles Spaak qui laisse beaucoup de place à des personnages autres que Raskolnikov, non, pardon, René. Dans un casting incroyable qui mélange anciennes gloires et nouvelles vedettes, ce n'est d'ailleurs pas Hossein qui retient l'attention mais plutôt Gabin et surtout Bernard Blier, impressionnant dans un rôle de vieux dégoûtant. Autres acteurs remarquables dans des participations plus ou moins longues : Carette, Morlay, Fontan, Lesaffre, Vlady, Nat, Ventura, Blain et même Ulla Jacobson, en provenance de chez Bergman. A retenir également la photographie tout en contrastes de Claude Renoir. Auteur quelques années plus tôt de L'idiot (encore Dosto !) avec Gérard Philipe, Georges Lampin est un cinéaste qui mérite mieux que l'oubli dans lequel il est tombé.
Mission spéciale, Maurice de Canonge, 1946
Première époque (mai 1940) : le commissaire Chabrier est sur la trace d'espions qui agissent pour préparer l'invasion allemande.
Deuxième époque (1942-1944) : entrés dans la Résistance, Chabrier et ses hommes sont traqués.
Remarquable film en deux parties, de plus de 3 heures, qui fut l'un des grands succès commerciaux de 1946 avant de tomber dans l'oubli. Rondement mené, grâce à un montage très serré, le film est visiblement bien documenté et mène de front plusieurs intrigues. La rigueur de de Canonge, qui signera plus tard l'excellent Police judiciaire, s'allie à in solide sens du romanesque. Quelques images d'actualités complètent un film qui a pour seul défaut de laisser penser que toute la France ou presque était résistante en 1942. Comme souvent, ce sont les rôles des "méchants" qui sont valorisants, à l'exemple de Pierre Renoir et surtout de Jany Holt laquelle, dans la réalité, appartint à un réseau de la Résistance.
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