Guirlande de vieux films (Janvier/3)
Le Capitaine Fracasse, Abel Gance, 1943
Par amour pour une comédienne, Isabelle, le baron de Sigognac se joint à une troupe ambulante en route pour Paris. Quand un acteur décède, il reprend son rôle : celui du capitaine Fracasse. Une adaptation de Théophile Gautier beaucoup moins connue que celle de 1961 avec Jean Marais et très particulière, puisque signée d'Abel Gance. Le montage initial durait 3 heures et fut réduit de près de moitié, au grand dam du cinéaste. Le film est assez inégal, même ennuyeux par moments, un peu lourd et boursouflé, notamment à cause du jeu volontairement outrancier des acteurs. Mais c'est un hommage flamboyant au théâtre (contre la vie, tout contre) et aux comédiens, et le personnage de Fernand Gravey est touchant avec une interprétation délicate. On apprécie la déclamation d'alexandrins pendant un duel dans un cimetière (clin d'oeil à Cyrano) ainsi que le voile fantastique qui recouvre le dénouement du film et qui, pour un moment, rappelle Les visiteurs du soir.
Le merle blanc, Jacques Houssin, 1944
Un petit ouvrier dont l'héritage fut détourné comprend un jour qu'il aurait du être le patron de l'entreprise de cirage ou il travaille. Pleine de péripéties et menée sur un bon rythme, cette comédie tournée sous l'Occupation est sortie à Paris en décembre 1944. Elle est placée sous le signe de la fantaisie tendant assez souvent vers l'absurde, de manière plutôt convaincante. Il est vrai que réunir dans les principaux rôles le trio Saturnin Fabre, Jean Tissier et Julien Carette est la garantie que les dialogues seront valorisés. Avec un art du cabotinage avéré chez le premier et le troisième, le deuxième se contentant de quelques fulgurances en la matière. La partie sentimentale de l'intrigue n'est pas très développée mais elle n'est là que pour l'emballage laissant le plus souvent la place à un délire assez bien maîtrisé.
Pension Jonas, Pierre Caron, 1942
Un clochard a élu domicile dans le ventre de la baleine empaillée du Muséum. Il découvre qu'une bande de voleurs est prête à s'emparer de l'oeuf millénaire rapporté du Tibet. En 1942, Pension Jonas fut un temps interdit de projection pour "imbécilité" ! Ce qui peut sembler justifié quand on regarde le film aujourd'hui. On comprend bien que le ton est à l'absurde mais hélas mais c'est sans aucune espèce de talent, dans le scénario, sans queue ni tête, et dans la mise en scène. Il y a une seule raison pour regarder ce navet de compétition où l'on voit un hippopotame se balader en pleine rue et deux professeurs discuter en tibétain (de cuisine). Et c'est évidemment Pierre Larquey, invariablement bon quels que soient les dialogues qu'on lui met en bouche.
Malaria, Jean Gourguet, 1943
Dans la brousse, un lieutenant retrouve un couple qu'il a jadis fréquenté. La femme ne supporte pas l'atmosphère fiévreuse du pays, le mari est un rude colon. Et que pouvait-il bien arriver ? Un triangle amoureux avec pour témoin un serviteur indigène ténébreux (Sessue Hayakawa). Entre film d'aventures en ambiance tropicale (le film a été tourné en hiver sur les quais de Seine et l'on voit parfois de la vapeur sortir de la bouche des comédiens) et mélodrame torride, le film peine à captiver, fort d'une morale que l'on retrouve sur le carton final : "La colonie est faite pour les hommes forts. Elle rejette les autres." Michel Vitold n'est pas crédible une seconde en amoureux transi tandis que Jacques Dumesnil, Jean Debucourt et Mireille Balin s'en tirent avec les honneurs. Pour la dernière nommée, ce fut son ultime film avant son arrestation à la Libération. Elle ne tournera qu'un seul film ensuite.
Lucrèce, Léo Joannon, 1943
Une actrice de théâtre inspire un amour passionné à un lycéen qui l'a fait passer pour sa mère auprès de ses condisciples. Décidée à le guérir, elle l'emmène à la campagne. Le scénario est assez insipide et la mise en scène de Joannon est pour le moins médiocre. Pas beaucoup d'étincelles malgré le parallèle de cette histoire d'amour sans lendemain avec Roméo et Juliette que répète la comédienne pour son prochain rôle. Jean Mercanton et Pierre Jourdan, principaux personnages masculins, sont très fades et Jean Tissier n'a que peu de texte. On aperçoit fugitivement Daniel Gélin et Mouloudji. Bref, rien de palpitant en dehors de la grande Edwige Feuillère, superbe et majestueuse, qui sait donner du talent aux mots les plus anodins qu'elle prononce.
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