Carrousel de vieux films (Novembre/1)
Elles étaient douze femmes, Georges Lacombe, 1940
Au début de la guerre, quelques dames des plus huppées imaginent de fonder une œuvre pour les soldats sans famille. À cette occasion, elles décident d'entrer en relation avec leur riche voisine, qui n'est pas de leur monde. Un film sorti en avril 1940 sans aucun homme comme le Women de Cukor, et tourné durant la "drôle de guerre." La première scène nous montre quelques unes de ces dames en grande conversation, chacune affublée d'un masque à gaz durant une alerte. Le film n'a pas un scénario bien développé (signé Yves Mirande) mais ses dialogues sont pleins de vivacité. Tourné presque exclusivement dans un seul lieu, il est prétexte à une multitude de cancans et de brouilles pasagères. La fine fleur des actrices de l'époque est fidèle au poste avec notamment une Françoise Rosay impériale, une Gaby Morlay généreuse, une Micheline Presle fougueuse, sans oublier Mia Parély, Blanchette Brunoy, Simone Renant et Betty Stockfeld. Un bonheur de comédie sans prétention. Un film où l'on dit "épatant" tous les quarts d'heure ne saurait être mauvais.
Messieurs Ludovic, Jean-Paul Le Chanois, 1946
Une jeune femme rencontre successivement trois hommes prénommés Ludovic et nés le même jour de 1910. Un film bien dans la manière de ce bon artisan qu'était Jean-Paul Le Chanois, dont les idées de gauche transparaissent dans un portrait à charge d'un chef d'entreprise. Un homme d'affaires, un humaniste et un voyou, tels sont les trois Ludovic qui vont croiser le chemin d'une femme naïve et qui croyait, au moins un temps, que l'argent faisait le bonheur. Le film est plutôt bien écrit et correctement mis en scène, trouvant sa note entre le rose et le noir. Odette Joyeux, assez effacée, déçoit un peu, au contraire de Bernard Blier, une fois encore remarquable en homme simple et bon qui croit au progrès et à la solidarité. Dans des rôles plus minces, Carette en fait beaucoup dans un registre gouailleur qu'il ne connait que trop (il est la voix off de l'histoire) et Jules Berry ne fait que se caricaturer. Nonobstant, Messieurs Ludovic reste un divertissement convenable, représentatif du cinéma français de l'immédiat après-guerre.
La nuit merveilleuse Jean-Paul Paulin, 1940
Le soir de Noël 1940, deux réfugiés poussent une petite charrette sur une route du midi de la France. Lui est ébéniste et elle attend un enfant. Chassés de tous les hôtels, ils échouent dans une étable prêtée par un couple de braves paysans. Sorti dans la zone libre fin 1940 (et en 1948 à Paris), le film transpose la nativité en Provence dans le contexte de l'époque. Une chose toute simple et qui a plus de valeur historique que cinématographique. On y aperçoit Madeleine Robinson, Charpin et la belle Janine Darcey mais ce sont Fernandel et Charles Vanel qui ont les rôles les plus consistants. Le premier est excellent et le second fait ce qu'il peut pour ne pas être ridicule avec son accent méridional. Il parait que c'était le film préféré du maréchal Pétain. Jean-Paul Paulin, heureusement, a laissé d'autres oeuvres plus intéressantes comme L'homme qui vendit son âme ou encore L'inconnu n°13.
La ferme aux loups, Richard Pottier, 1943
Deux journalistes doivent enquêter sur l'assassinat d'un vieux clochard. Ils découvrent bientôt un second cadavre totalement identique au premier. Troisième film de Richard Pottier sorti en 1943, après Picpus, notamment, La ferme aux loups a été écrit par Carlo Rim, ce qui explique la part importante de comédie dans ce film policier. L'histoire est assez improbable dès le départ avec ses hasards et ses coïncidences. C'est sans importance de ne pas y croire, l'intérêt se portant avant tout sur l'interprétation de jeunes acteurs pleins d'énergie et d'espièglerie : François Périer et Paul Meurisse. Quasi débutante, Martine Carol est encore très loin de ses futurs grands rôles. Mais elle contribue à rendre ce divertissement honnête encore regardable de nos jours.
Un homme en or, Jean Dréville, 1934
Un brave fonctionnaire apprend un jour que sa femme qu'il adore le trompe. Il feint de tout ignorer et se lance dans les affaires. Un film assez étonnant de Jean Dréville, autour du couple. Avec le portrait d'un honnête homme qui, à cause de la trahison de son épouse, change de vie mais avec la constance de croire que le pardon est la plus belle forme du courage. Et cela donne un film dénué d'action mais touchant et ironique, réalisé avec beaucoup de goût voire d'audace dans ses cadrages et mouvements d'appareil. Harry Baur est extraordinaire dans le rôle principal avec une subtilité qui convient parfaitement à l'individu humble et généreux qu'il doit incarner. Dréville, trop peu cité dans l'histoire du cinéma français, mérite vraiment qu'on se penche de près sur sa filmographie.
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