Grappillage de vieux films (Février/1)
Poil de carotte, Julien Duvivier, 1932
Enfant tardif, Poil de carotte est houspillé par sa mère et ignoré par son bourru de père. Cette adaptation de Jules Renard figure parmi les films les moins aimés de Duvivier. A raison pour certaines interprétations désastreuses et une prise de son parfois défaillante. Et pourtant, dans sa deuxième partie, avec un Harry Baur qui dévoile sa grande humanité et une scène d'une extrême violence (la pendaison de Poil de carotte incarné avec naturel par le petit Robert Lynen), le film acquiert une force étonnante qui se prolonge dans un superbe dénouement. Tristement, les deux interprètes principaux mourront pendant la guerre, Baur des suites de sa détention par la Gestapo, Robert Lynen, résistant, fusillé par les nazis en 44. Il avait 24 ans.
Esterina, Carlo Lizzani, 1959
Une orpheline de guerre embarque avec deux camionneurs pour Turin avec l'espoir de trouver un sens à sa vie. Un portrait d'une jeune fille de 17 ans, naïve et innocente, prétexte à un road-movie dans l'Italie du nord de la fin des années 50. Beaucoup d'analogies avec le merveilleux Je la connaissais bien d'Antonio Pietrangeli. Il y a là aussi un vrai fond d'amertume derrière une légèreté apparente, et une tentative de suicide, ratée en ce qui concerne Esterina. Très italien pour son côté pittoresque et sa volonté de tenir les éléments dramatiques en laisse. Avec un physique qui la rapproche plus d'une Vitti que d'une Loren, Carla Gravina a fait une belle carrière s'engageant sur le tard dans la vie politique.
La jolie batelière (The Farmer takes a Wife), Victor Fleming, 1935
Molly a vécu toute sa vie sur le canal Erié. Dan ne rêve que d'avoir sa propre ferme. Ils sont amoureux mais qui cèdera le premier ? Situé au milieu du XIXe siècle alors que le chemin de fer ne va pas tarder à s'imposer aux voies d'eau, le film est une charmante chronique au charme désuet. Conçu pour mettre en vedette Janet Gaynor, et faute d'avoir pu obtenir Gary Cooper ou Joel McCrea pour jouer le rôle masculin, les producteurs engagent celui qui a joué la pièce de théâtre et fait ses grands débuts au cinéma : Henry Fonda. Il est d'emblée juste et profond dans un personnage humaniste, pacifique mais résolu dans lequel l'Amérique se reconnait. Une très grande carrière commençait sous les meilleurs auspices.
Le diable (Diabel), Andrzej Zulawski, 1972
Durant l'invasion prussienne de la Pologne en 1793, Jakub, un jeune noble polonais est sauvé de l'emprisonnement par un étranger. Si Zulawski rime avec hystérie, jamais le cinéaste polonais n'a aussi bien réussi dans le genre avec une telle ténacité. Il n'y a aucune scène "normale" dans Le diable, tout y est outrancier à commencer par l'interprétation. Zulawski voulait dénoncer la démence des hommes en temps de guerre mais était-ce bien nécessaire de trucider tous ses personnages à tour de rôle ? C'est irregardable à moins de prendre tout ceci pour une vaste entreprise de démolition et de suicide artistique. Censuré, le réalisateur tournera ensuite principalement en France avec en premier lieu L'important c'est d'aimer. Nettement plus reposant et digne d'intérêt.
Oeuf pourri (Rötägg), Arne Mattson, 1946
Krister fait les 400 coups, couvé par sa mère divorcée. Le pensionnat devrait le remettre sur le bon chemin. C'est l'inverse qui se produit. A 27 ans, Arne Mattsson tourne déjà son 5ème film mais il lui faudra encore attendre 5 ans avant de connaître la notoriété avec Elle n'a dansé qu'un seul été. Il y a peu à dire de Rötägg dont on pressent que sa morale est qu'être le fils d'une divorcée ne peut conduire qu'à se conduire comme un voyou. Hum. A part cela, le film est correctement réalisé mais s'enlise dans un récit guère captivant qui recense les méfaits d'un jeune garçon déboussolé jusqu'au drame final. On accordera au film de montrer de belles images d'un hiver suédois et pas grand chose d'autre.
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