Faisceau de vieux films (Février/2)
Furtivos, José Luis Borau, 1975
Sorti finalement en Espagne sans les coupes exigées par la censure, deux mois avant la mort de Franco, Furtivos est un acte de résistance devant un régime agonisant. La forêt, avec ses chasses et ses meurtres, devient un symbole sordide d'une époque qui sera bientôt révolue. Le film a été annoncé avec cette phrase terrible : "Qu'est-ce qui pourrit derrière une forêt en paix ?" La réponse prend la forme d'une allégorie puissante où un braconnier introverti, une mère incestueuse, un criminel en fuite, une jeune femme issue d'un couvent et un gouverneur corrompu mènent une sinistre sarabande dans une nature sauvage maltraitée par les humains. Un film aussi essentiel que Cria Cuervos, daté de l'année suivante.
El mundo sigue, Fernando Fernán Gómez, 1965
Le réel de Madrid, au début des années 60, tel est ce que montre El mundo sigue, en dépit de son dénouement mélodramatique. Portrait du petit peuple de la capitale espagnole, pendant la période franquiste, le film s'attache notamment à deux soeurs qui se haïssent, l'une mariée à un joueur impénitent de loto sportif, l'autre ne sortant de la pauvreté que grâce à l'argent de ses amants. Sans concession pour une société répressive et destructrice, le film brille par ses courts flashbacks, ses voix off représentant la psychologie des personnages, ses ellipses et sa galerie de protagonistes secondaires, tous remarquablement interprétés. La censure a exigé peu de coupes mais a retardé la distribution du film de 2 ans qui n'a été à l'affiche qu'à Bilbao, avant de sortir sur toute l'Espagne en 1975, devenant immédiatement un classique du cinéma espagnol.
El Inquilino, José Antonio Nieves Conde, 1958
El Inquilino est tourné la même année que El Pisito de Marco Ferreri, sur un sujet presque similaires autour de la grande crise immobilière que connaît l'Espagne vers la fin des années 50. Dans une veine néo-réaliste, la tragi-comédie de José Antonio Nieves Conde s'attache à une humble famille, avec 4 enfants, qui ne trouve aucune solution pour se loger. El Inquilino est sorti très brièvement à Valence, avant de devoir attendre 6 ans pour rencontrer enfin son public mais au prix du remplacement du dénouement, imposé par la censure, plein d'optimisme, à l'encontre de tout ce qui constitue l'essence du film. Les deux fins cohabitent désormais pour ce long métrage de Nieves Conde qui n'atteint pas le très haut niveau de Surcos, la réussite majeure du cinéaste.
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