Fagot de vieux films (Juin/1)
Les larmes sur la crinière du lion (Namuda o shishi no tategami ni), Masahiro Shinoda, 1962
Les films traitant du désarroi de la jeunesse au Japon ont fleuri au tournant des années 60 mais le dernier film de Masahiro Shinoda sur le sujet se démarque facilement des autres, ne serait-ce que par sa complexité et une utilisation modérée de la violence et du sexe. Ce Sur les quais à la sauce nippone pousse cependant un peu loin le bouchon dans une veine tragique et sa vision, forcément de gauche, des classes dominantes. Ici, le grand patron est impuissant et son épouse ... nymphomane (!) et, dans les soirées mondaines, on discute de Wagner plutôt que de la condition des dockers. Le personnage principal, factotum du boss, est un tantinet caricatural mais permet de naviguer entre le gratin et le peuple. Malgré ses excès psychologiques et scénaristiques, le film reste brillant par sa mise en scène, avant que Shinoda ne prenne réellement son envol dès Fleur pâle, 2 ans plus tard.
Je n'oublie pas cette nuit (Sono yo wa wasurenai), Kôzaburô Yoshimura, 1962
Le film commence comme une enquête journalistique et se termine comme un drame romantique absolu. Le reportage sur Hiroshima, 17 ans après la bombe, semble vain, dans une ville semblable aux autres cités japonaises mais la vérité est ailleurs : dans les corps qui souffrent toujours et dans les âmes des rescapés en sursis, territoire inaccessible à un journaliste qui n'a rien vu à Hiroshima. Entre les aspects documentaire (certains véritables survivants ont participé au film) et mélodramatique de Je n'oublie pas cette nuit, Kôzaburô Yoshimura, dont l'esprit romanesque s'est exprimé tout au long de sa riche carrière, trace une voie singulière, très différente et bien moins frontale que celle des autres longs-métrages consacrés à Hiroshoma ou à Nagasaki, mais il saisit parfaitement le monstrueux sentiment d'horreur indicible qui y est attaché. L'interprétation gracieuse de la merveilleuse Ayako Wakao se marie pleinement avec celle, irréprochable, de Jiro Tamiya.
Ayako la maudite (Osorezan no onna), Heinosuke Gosho, 1965
Ceci est la triste histoire de la jeune Ayako, dans un Japon expansionniste (1938-1940), vendue par sa pauvre famille à un bordel. Une femme possédée, par ses nombreux clients, mais surtout par le démon, selon la rumeur, puisque soupçonnée d'avoir conduit à la mort un père et ses deux fils, parmi ses habitués. Construit sur un flashback, qui évente le suspense mais pas l'intérêt, le long-métrage confirme le savoir-faire de Heinosuke Gosho, sa maîtrise narrative et son acuité sociale, livrant notamment une peinture remarquable de la vie dans les maisons de prostitution dans le Japon va-t-en guerre de la fin des années 30. Un film sensible, solide et féministe avant la lettre.
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