Cueillette de vieux films (Novembre/1)
Secrets de femmes (Three Secrets), Robert Wise, 1950
Un garçon de 5 ans est le seul survivant d'un accident d'avion. Alors que les secours s'organisent pour le sauver au flanc d'une montagne, trois femmes arrivent sur les lieux. Chacune d'entre elles pourrait être la mère de cet enfant adopté. Par son suspense et sa structure dans un triple flashback, le film rappelle instantanément Chaînes conjugales de Mankiewicz, qui date d'un an plus tôt. Mais le thème est bien plus dramatique et son climat également, dans la cohue journalistique et voyeuriste qui anticipe Le gouffre aux chimères de Wilder. Le film de Wise n'égale pas les deux chefs d'oeuvre cités plus haut mais son caractère mélodramatique sans excès de pathos, sa mise en scène très sûre, son intelligence dans le montage et l'interprétation viscérale de Ruth Roman, Eleanor Parker et surtout Patricia Neal en font une oeuvre forte aux subtils reflets féministes.
L'aventure commence demain, Richard Pottier, 1948
Un escroc utilise une femme du monde désargentée comme appât pour dérober le plan d'un cimetière d'éléphants à un riche explorateur. Le sujet n'a rien de sérieux pas plus que les affaires de coeur dans cette laborieuse comédie qui voudrait se mesurer à ses homologues américaines. Ni la mise en scène de Pottier ni le rythme poussif de son scénario ne sont à la hauteur. Les dialogues sont un peu meilleurs dans un ton faussement cynique et amoral et l'interprétation est parfois piquante avec des rôles parfaitement adaptés à des acteurs de bonne compagnie : Isa Miranda, Raymond Rouleau et le cauteleux André Luguet.
Volga en flammes, Victor Tourjansky, 1934
Le capitaine Orlov débarque dans un trou perdu de Russie et tombe amoureux de la fille du commandant. Mais la révolte gronde du côté des cosaques qui idolâtrent un nouveau tsar. C'est drôle cette profusion de films français qui ont choisi dans les années 30 d'évoquer l'ancienne Russie. Tourjansky, natif de Kiev, débuta par le muet dans son pays avant de tourner par la suite aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie. Bien placé pour tourner une adaptation de Pouchkine, il réalise pourtant un film d'un mollesse insigne, sans rythme et sans éclat. Les acteurs n'en peuvent mais : ni Albert Préjean, ni Raymond Rouleau et encore moins Danielle Darrieux laquelle du haut de ses dix sept ans semble totalement hors sujet.
Vingt mille ans sous les verrous (20 000 years in Sing Sing), Michael Curtiz, 1932
Connors est un dur. En arrivant à la prison de Sing Sing, il compte bien montrer à quel point. Michael Curtiz, véritable stakhanoviste, même avec un scénario faiblard, est capable de réaliser un semi-classique. Vingt mille ans est un excellent film de prison et une excellente étude de caractère. Mise en scène d'une redoutable efficacité, montage impeccable, répliques à l'emporte pièce et interprétation de choix d'un Spencer Tracy formidable dont la dulcinée est ici une Bette Davis, blonde platine, étonnante de douceur. Carré et sans temps morts, le film est une des innombrables réussites du cinéaste.
Les conspirateurs (The Conspirators), Jean Negulesco, 1944
Lisbonne, pendant la guerre, est un nid d'espions. Un hollandais est piégé par les nazis et accusé de meurtre. Les fortes ressemblances avec Casablanca sont évidentes et l'on passerait outre cet inconvénient si le film offrait autre chose qu'une intrigue filandreuse qui ménage un suspense minime. Paul Heinreid n'a pas l'abattage d'un Bogart, mais le reste de l'interprétation est gouleyant avec notamment Victor Francen, Sydney Greenstreet et Peter Lorre. Et puis, Hedy Lamarr, à la photogénie affolante, dont on rappelera qu'elle fut une opposante farouche aux nazis et une scientifique affirmée (dans la vraie vie) en plus d'être une actrice exquise. Ironie de l'histoire, c'était elle le premier choix pour Casablanca et non Ingrid Bergman. Cette même année 1944, Jean Negulesco tourna son chef d'oeuvre : Le masque de Dimitrios.
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