Carrousel de vieux films (Octobre/4)
Le triangle de feu, Edmond T.Gréville, 1932
Une bande de gangsters accumule les hold-up et marque toujours ses exploits en découpant les coffres-forts en forme de triangle. La police enquête. Deuxième film de Gréville, alors âgé seulement de 26 ans. Le scénario n'est pas très original, le son inégal, l'interprétation souvent médiocre et le montage parfois abrupt. Cependant, la virtuosité du cinéaste, même si inférieure aux futurs Remous, Menaces ou L'envers du paradis, est déjà bien en place. Des travellings soyeux succèdent à des cadrages insolites. Le film rappelle d'ailleurs un peu ceux de Hitchcock dans les années 30. La femme fatale de ce Triangle de feu, une brune mystérieuse, est incarnée par Renée Héribel, qui joua surtout du temps du muet et qui tourne ici pour l'avant-dernière fois avant de se retirer du cinéma.
Le destin exécrable de Guillemette Babin, Guilaume Radot, 1948
Au XVIème siècle, dans le Périgord, Guillemette Babin, fille de sorcière, voit le jour. Elle-même finira sur le bûcher. Principalement connu pour l'assez médiocre Le loup des Malveneur (1943), Guillaume Radot récidive dans le registre fantastique, 5 ans plus tard. Tourné à Sarlat et dans les environs, le film évoque des temps où l'on accusait facilement de sorcières des femmes qui avaient le tort d'être belles et ambitieuses. Très curieux long-métrage en vérité, au scénario mal fagoté, qui tente de créer un climat maléfique sans tout à fait échapper au ridicule. L'interprétation est assez désastreuse et il est peu étonnant qu'aucun des protagonistes n'ait fait une grande carrière hormis Jean Carmet et Jacques Dufilho aux rôles plus que secondaires. Le film "culmine" dans une scène de sabbat assez osée pour l'époque et un peu moins raté que le reste.
Après l'amour, Maurice Tourneur, 1948
L'ancien amant de la femme d'un écrivain lui révèle que son mari mène une double vie. Le temps des aveux est arrivé. Et ceux-ci prendront la forme de plusieurs flashbacks, deux d'entre eux étant la même scène vue à travers des angles différents. Après l'amour, tiré d'une pièce déjà adaptée deux fois au cinéma, est un méodrame romantique de très bonne tenue dont la trame n'est pas sans évoquer certaines nouvelles de Zweig, en un peu moins étincelant, tout de même. Il y a deux twists à la fin du film, soit au moins un de trop, mais la mise en scène de Maurice Tourneur (cinéaste bien trop négligé) est excellente, pour ce qui sera son avant-dernier long-métrage. La raideur habituelle de Pierre Blanchar est cependant gênante quand il s'agit d'incarner un amoureux transi (sans parler de son âge trop avancé) mais heureusement Gisèle Pascale et surtout Simone Renant sont parfaites. Il y a dans Après l'amour un mélange de cruauté et de tendresse qui n'est pas désagréable du tout.
Gigi, Jacqueline Audry, 1949
Gigi, pas encore 16 ans, est élevée par sa grand-mère et sa tante afin qu'elle devienne une demi-mondaine. C'est sans compter avec le tempérament de la jeune fille. Cette adaptation de Colette a été largement éclipsée par la version de Vincente Minnelli, tournée près d'une décennie plus tard. Le film a pourtant des qualités, à commencer par sa fidélité à la romancière, entre candeur et impertinence. Sans oublier une évocation de la Belle époque plutôt réussie visuellement, entre Tour Eiffel, débuts de l'automobile et du téléphone, ou encore bains à Trouville. Danièle Delorme a 22 ans à l'époque, un peu trop âgée pour incarner une adolescente, mais elle est charmante et donne de la consistance à un rôle où elle doit tout de même affronter la grande Gaby Morlay. Franck Villard, bien oublié aujourd'hui, est excellent, de même, mais ce n'est pas une surprise, que Jean Tissier.
Les nouveaux riches, André Berthomieu, 1938
Deux ouvriers ont fait fortune dans l'industrie après avoir gagné à la loterie nationale. L'un est un brave homme, l'autre non. La comparaison avec Les affaires sont les affaires de Jean Dréville où Charles Vanel réalisait un numéro étourdissant est au désavantage du film de Berthomieu, cinéaste assez médiocre en général. Pourtant, avec Michel Simon et Raimu sous la main, on pouvait espérer mieux que cette vague pochade, au demeurant écrite avec paresse et dont les dialogues sonnent assez creux. Les deux acteurs principaux, qui ont peu de scènes communes, semblent d'ailleurs s'ennuyer, à peine réveillés par la charmante Betty Stockfeld, actrice australienne qui tourna en France un nombre important de films dans les années 30.
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