Butin de vieux films (Septembre/1)
Maria Chapdelaine, Julien Duvivier, 1934
Première adaptation du célèbre roman de Louis Hémon, avant celles de Marc Allégret et de Gilles Carle. Un film notable pour la splendeur de ses décors naturels et l'art de la concision dans le montage de Duvivier. Le film est court mais joliment découpé entre printemps et hiver, hommage au courage des habitants des confins du grand nord québecois. Beaucoup de bienveillance de la part du réalisateur vis à vis de personnages simples et attachés à leur terroir, aussi rudes soient les conditions. La plupart des interprètes parlent avec un accent indéfinissable entre le pointu parisien et la parlure québecoise, mais c'est correct, comme on dit là-bas. Gabin, Renaud, Aumont et Le Vigan, pour un petit rôle, c'est du très solide du côté de l'interprétation. Point de lyrisme ni de sentimentalisme, en fin de compte. Ce n'est pas mal du tout même si loin des plus grandes réussites des années 30 du cinéaste. C'est pas pire, comme auraient pu dire les protagonistes de ce Maria Chapdelaine.
L'homme gazeux (Gasu ningen dai 1 gô), Ishirô Honda, 1960
Une version particulière de l'homme invisible, ce dernier, en l'occurrence, se dissolvant dans un nuage de gaz toxique. Le traitement du sujet par Ishirô Honda est un peu mou, ce qui est dommage car son scénario l'emmène vers différentes pistes, le thriller (avec une enquête maladroitement menée), le fantastique (avec des effets spéciaux poétiques), la comédie (juste un doigt) et surtout le drame romantique car l'homme au gaz à tous les étages ne vit que pour voir sa dulcinée revenir sur scène, elle qui est une célèbre danseuse de kabuki. Ce qui nous vaut quelques jolies scènes très traditionnelles avant un final assez spectaculaire. Drôle de film, moyennement réalisé, mais qui se regarde sans déplaisir aucun.
Mannequin en rouge (Mannekäng i rött), Arne Mattsson), 1958
Une femme est assassinée dans un salon de haute couture. D'autres meurtres vont suivre. Signé Arne Mattson, le "Hitchcock suédois", le film est loin d'être à la hauteur de Sir Alfred, ne serait-ce que pour son scénario filandreux, son interprétation lacunaire et un sens de l'humour occasionnellement stupide. Cependant, il y a réel travail sur l'image avec des couleurs saturées où prédomine le rouge. Le film est d'ailleurs souvent décrit comme précurseur des gialli. Et même si l'enquête est menée nonchalamment par un détective tiré à quatre épingles, elle réserve son lot de surprises dans un climat chargé d'angoisse.
Le ciel partagé (Der geteilte Himmel), Konrad Wolf, 1964
Au sortir d'une dépression nerveuse, Rita se souvient des deux années précédentes. Ses études pour devenir enseignante, son travail dans une fabrique de wagons, son amour pour Manfred, chimiste, qui finit par passer à l'ouest et qu'elle refuse d'accompagner. Tourné dans une rare période de dégel en RDA et adapté du roman de Christa Wolf, le film jouit d'une excellente réputation. Il est pourtant difficile d'accès, de par son impressionnante quantité de dialogues et une dialectique souvent complexe, aussi bien critique des règles sociales est-allemandes que du mode de vie d'Allemagne de l'Ouest. Si l'on apprécie sa relative liberté de ton, l'on peut facilement s'ennuyer devant sa noirceur et sa propension à ne parler que de politique ou presque. Dans le cinéma est-allemand, qui mérite d'être exploré, on lui préférera des films parfois plus propagandistes mais autrement plus riches, ceux de Kurt Maetzig ou de Wolfgang Staudte, par exemple.
L'honorable Angelina (L'onorevole Angelina), Luigi Zampa, 1947
Dans un faubourg romain, Angelina vit, avec sa nombreuse famille dans des logements délabrés. Progressivement, elle devient la championne des pauvres gens et combat les spéculateurs du marché noir. Tourné entre deux des plus grands films de Zampa, Vivre en paix et Les années difficiles, L'honorable Angelina se nourrit de réalisme (pas de néoréalisme) pour évoquer l'après-guerre avec ses cohortes de déshérités dont son héroïne devient la passionaria. Constat amer car elle est manipulée et reviendra en fin de compte à la seule valeur qui a de l'importance : la famille. Malgré quelques scènes caricaturales pour exposer l'opposition entre riches et pauvres, le film est dynamique et souvent drôle, comme une version avant la lettre, et bien moins explosive, d'Affreux sales et méchants. C'est un véhicule parfait pour une Anna Magnani impériale, une mama rebelle et cependant attachée à son rôle de femme de devoir italienne.
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