Cinéphile m'était conté ...

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Butin de vieux films (Juin/1)

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Pauvres millionnaires (Poveri milionari), Dino Risi, 1959

A l'époque de Pauvres millionnaires, et même sans être un débutant, Dino Risi n'a pas encore la notoriété qu'il a acquis par la suite avec Le fanfaron et Les monstres. Le réalisateur a pourtant déjà la main sûre et valorise un scénario un peu basique, fondé sur l'amnésie de son personnage principal, qui va goûter pour un temps les joies de l'opulence. La satire est gentille et s'étend à une vision sociale qui n'épargne pas les classes moyennes dans une Italie en pleine croissance qui découvre la consommation à grande échelle. L'interprétation est un peu à la traîne malgré un bon Renato Salvatori qui joue assez subtilement les idiots. Il n'a cependant pas la verve d'un Tognazzi ou d'un Sordi qui auraient fait merveille dans le rôle et aurait porté le film plus loin, sur les cimes du délire.

 

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Il tenente Giorgio, Raffaello Matarazzo, 1952

Au temps du Risorgimiento, la Calabre était encore infestée de bandits. Mélodrame historique, Il tenente Giorgio est l'une des belles réussites du (encore) méconnu Raffaello Matarazzo spécialiste incontesté du genre dans les années 50, après avoir excellé dans la comédie, deux décennies plus tôt. Le film a tout du roman photos avec son beau lieutenant et son orpheline outragée. Mais au-delà des poncifs et des coïncidences parfois énormes du scénario, il y a là des sentiments, du suspense, de l'action et surtout des figures marquantes, non point le héros ou la belle, qui partagent un secret sans que la deuxième ne le soupçonne, mais les méchants de l'histoire, en particulier un vieil aveugle qui n'est pas à une vilénie près. Que l'on se rassure, ce récit calabrais se termine on ne peut mieux avec le triomphe du bien sur les forces de la haine. Et comme c'est joliment troussé, l'on aurait tort de ne pas se laisser séduire.

 

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Un jeu parfait (Kenzanna yûgi), Toshio Masuda, 1958

De jeunes étudiants montent une arnaque autour de courses cyclistes. Mais l'affaire tourne mal. Auteur la même année de l'excellent Couteau rouillé, Toshio Masuda signe un nouveau film noir remarquable, censé dénoncer l'amoralité d'une jeunesse insouciante. Brillant, rapide, racé, Un jeu parfait décrit la perte des valeurs d'une manière cruelle et sans pardon. Le suspense n'est pas insoutenable mais la mise en scène élégante et le scénario tranchant, sans parler d'une interprétation au cordeau font de ce "petit" film une sorte de classique du genre, certes loin des réussites de Kurosawa dans le genre, mais d'une implacable exécution.

 

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Cuidado madame, Julio Bressane, 1970

Pourfendeur inlassable des turpitudes des turpitudes de la classe moyenne brésilienne, Julio Bressane est adepte d'un cinéma quasi expérimental, radical dans sa forme et sur le fond. Cuidado madame n'a que mépris pour la chronologie et pour toute narration classique. Le récit est déstructuré à partir d'un mince argument de départ, l'assassinat de femmes aisées par leurs bonnes. Entre déambulations sans but dans les rues de Rio, dialogues joués avec une théâtralité revendiquée et meurtres sanglants, le film chemine sans avoir de but précis. C'est ennuyeux à mourir les 3/4 du temps.

 

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Nu parmi les loups (Nackt unter Wölfen), Frank Beyer, 1963

Classique d'un cinéma est-allemand qui mérite d'être découvert, et signé de l'un de ses meilleurs représentants, Frank Beyer, Nu parmi les loups est une description du camp de Buchenwald relativement peu crédible, apparaissant davantage comme un camp de prisonniers plutôt que concentration. Par ailleurs, le film tourne autour de la dissimulation d'un enfant juif alors que des centaines d'enfants y étaient présents. Enfin, la libération du camp, contrairement à ce qui est montré, n'est pas le fait de résistants communistes mais de l'armée américaine. Au-delà de ces erreurs, volontaires évidemment pour cause de propagande, le film est remarquablement réalisé et se révèle assez souvent poignant. Mais il s'agit d'une fiction, pas de la vérité historique.

 



18/06/2017
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