Une semaine à Angoulême (5)
Promis le ciel de Erige Sehiri
Venant après le sublime Sous les figues, Promis le ciel marque un assez net changement dans la manière
de filmer d'Erige Sehiri, même s'il s'agit toujours de parler de la Tunisie d'aujourd'hui et des femmes qui y
vivent. Les trois héroïnes de Promis le ciel, que la réalisatrice suit ensemble et séparément, vivent à Tunis,
mais viennent de l'Afrique subsaharienne et il est évident que celles-ci souffrent d'un flagrant racisme à leur
encontre, eu égard à leurs difficultés à s'intégrer et à s'en sortir financièrement. Contrairement à son projet
précédent, la mise en scène de la cinéaste, pour coller à son sujet, se fait incisive, dans une veine réaliste
et presque documentaire. Le portrait de ces trois femmes moins puissantes, malgré leur fort caractère,
perd cependant de son intensité dans un scénario trop éclaté, pas loin d'être brouillon, qui ne réussit pas à
donner une véritable épaisseur à chacune de ses protagonistes, précarisées, voire menacées. Ce n'est
pourtant pas la qualité de l'interprétation qui est à blâmer, bien au contraire, avec une actrice de la trempe
d'Aïssa Maïga et des révélations Laetitia Ky et Deborat Christelle Naney. On aurait juste aimé, notamment
pour la première, que leurs rôles soient plus développés et suscitent ainsi davantage d'émotion, à la façon
du sublime (désolé pour la répétition) Sous les figues.
La femme de de Denis Roux
Dans La femme de, le second long-métrage de David Roux, adapté d’un roman d'Hélène Lenoir, le
premier rôle n’est pas loin d’être dévolue à une grande maison bourgeoise, en périphérie angevine, à
l’atmosphère aussi étouffante que les relations entretenues en famille. Mais c’est le personnage d’épouse
et de pièce rapportée, incarnée magnifiquement par Mélanie Thierry, qui donne tout son sel à une histoire
moins remarquable par ses rebondissements que par son ambiance mortifère et chabrolienne. Éric
Caravaca, son excellent partenaire, explique dans ses interviews que l’actrice est d’une justesse
stupéfiante dans sa manière de jouer le « vide », ce qui est dans sa bouche un immense compliment, qui
n’est d’ailleurs pas contestable. Malgré un faux rythme qui affaiblit quelque peu son propos, le film
s’installe benoîtement dans un inconfort narquois, délaissant ses velléités bovarystes pour un récit
d’emancipation féminine courageux bien qu’un tantinet laborieux. Sur la « langueur », La femme de n’a de
cesse de trouver son identité et trouve grâce à nos yeux, tout acquis à sa cause que nous sommes.
L'inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier
Johan Otto von Spreckelsen ? Mais céki ? L’avant-centre de l’équipe de football du Danemark ? Pas du tout, il s’agit bel et bien de l’architecte de la Grande Arche, l’homme à l’origine du cube du siècle, dans le quartier de La Défense. Le film de Stéphane Demoustier revient avec force détails et quelques arrangements avec la réalité sur l’avancement progressif du projet, soumis à de nombreux impondérables politiques. Il aurait pu être traité sous forme de satire ou tout du moins de divertissement, mais le cinéaste a choisi une forme presque documentaire, peut-être au détriment de la fluidité du récit. L’inconnu de la Grande Arche force toutefois le respect par l’analyse précise d’une époque et surtout par son portrait d’un architecte intransigeant et inflexible pour qui il s’agissait de l’œuvre d’une vie qui ne pouvait souffrir aucun compromis. Dans un casting homogène, l’on remarque notamment un Xavier Dolan étonnant, courroie de transmission entre le président Mitterrand et l’architecte danois.
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