Ici, c'est Biarritz (4)
La piel en primavera de Yennifer Uribe Alzate, Colombie
Premier long-métrage de la Colombienne Yennifer Uribe Alzate, La piel en primavera se présente comme un portrait de femme, Sandra, à un moment de sa vie où elle redéfinit son lien au corps et à la sexualité. Depuis plusieurs années, les réalisatrices latino-américaines semblent décidées à explorer la part intime des femmes, quelle que soit leur âge, se débarrassant au passage du regard masculin, hégémonique depuis toujours au cinéma. Sandra doit avoir 40 ans et vient de débuter un nouveau travail comme agente de sécurité dans un grand centre commercial. Le film saisit la diversité de sa personnalité sociale à travers le costume qu'elle porte dans sa profession, ses habits à la maison où elle habite avec son fils de 15 ans et ses vêtements quand elle sort, avec son petit ami, chauffeur de bus, ou entre copines. Si le film aurait pu séduire davantage dans sa mise en scène, il ne déçoit pas grâce au jeu subtil de son actrice principale, Alba Liliana Agudelo Posada, comédienne de théâtre de rue avant ce premier rôle au cinéma, et à l'amour porté par la réalisatrice à sa ville de Medellin, remplie, à toute heure du jour et de la nuit, d'effluves musicaux irrésistibles.
Cidade ; campo de Juliana Rojas, Brésil
Les deux récits qui composent Cidade; Campo ne semblent pas liés, a priori, mais ils le sont bien, de manière souterraine et un peu inexplicable. Ce sont des histoires de déracinement, imposé ou volontaire, l'une vers la ville, l'autre vers la campagne, d'où le titre du film. Leur principal point commun est la présence de fantômes, récurrente, et de la force surnaturelle de la nature, en lien avec un univers parallèle, peut-être celui de l'au-delà. Comme l'exprime l'un des personnages ; "Si c'est la fin, nous verrons bien ce qu'il y a après." Juliana Rojas, en tous cas, maîtrise son sujet et nous contraint de ne pas chercher d'explication rationnelle aux visions de ses personnages, en majorité féminins, touchés par la disgrâce et condamnés à une nouvelle vie et à trouver une solidarité auprès de leurs consœurs. Ce qui frappe dans Cidade; Campo, outre la fascination exercée par son réalisme magique, est la tendresse que manifeste la réalisatrice vis-à-vis de ses protagonistes qui expriment leur courage face aux aléas de la vie, et de la mort. La lenteur du rythme du film, loin de constituer un handicap, lui donne une profondeur existentielle et portraiture, en creux, un Brésil en crise, aussi bien à la ville qu'à la campagne.
El ladrón de perros de Vinko Tomičić, Bolivie
La Paz, ville basse et ville (très) haute, avec ses petits métiers (cireurs de chaussures) et son artisanat presque désuet mais toujours noble (tailleur sur mesure). Dans El ladrón de perros, Vinko Tomičić choisit de nous montrer une ville, en dehors de la globalisation mondiale, qui y est évidemment bien présente, mais sans céder au pittoresque ou à l'exotisme. Ces caractéristiques sont en rapport direct avec ses deux personnages principaux, d'âges et de milieux sociaux bien différents et reliés incidemment par un chien. Ne pas mordre la main nourricière pourrait être en quelque sorte le leitmotiv du film mais son essence est plus contrastée que cela, réservant d'ailleurs une surprise dans le déroulement d'un récit loin d'être convenu ou attendu. C'est une histoire parfois déconcertante mais riche de nuances qui nous est contée, qui ne cherche pas à être rythmée, ni à susciter une émotion profonde, mais qui avance par petits bouts, une scène après l'autre, de façon à mieux cerner ses anti-héros, sans pour autant leur ôter tout mystère psychologique. Rien de spectaculaire, évidemment, mais un film qui tisse sa toile avec habileté de bas en haut de La Paz, la capitale administrative la plus haute du monde, qui culmine à 3 500 mètres d'altitude.
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