Provision de vieux films (Avril/1)
Mission ultra-secrète (Il federale), Luciano Salce, 1961
Vers la fin de la guerre, un soldat fasciste est chargé de ramener un opposant politique à Rome. Et ce ne sera pas sans moult pérégrinations entre bombardements aériens, début de débandade allemande et accueil plus ou moins bienveillant de la population. On se met à penser (un peu) à La grande vadrouille avec le duo improbable formé par Ugo Tognazzi et Georges Wilson (tous les deux excellents), l'un fasciste bas du front et l'autre intellectuel démocrate. Le film est plaisant, souvent amusant, mais malheureusement, Luciano Salce n'est pas de la trempe d'un Monicelli, par exemple, et paresse un peu à la mise en scène. Stefania Sandrelli, 15 ans, y décroche l'un de ses premiers rôles consistants et Ennio Morricone est crédité pour la première fois comme compositeur. Cela fait tout de même beaucoup de raisons de voir Il federale, traduit en anglais par The Fascist et en français par le ridicule Mission ultra-secrète.
La mante rouge (Den rode kappe), Gabriel Axel, 1967
Dans la Scandinavie médiévale, les fils de deux familles rivales s'affrontent, se réconcilient puis se battent à nouveau. 20 ans avant Le festin de Babette, l'autre grand film de Gabriel Axel est cette Mante rouge, tirée d'une saga nordique mais dont l'intrigue est ô combien ressemblante à Roméo et Juliette. Une vraie tragédie shakespearienne avec de l'amour, des trahisons, de l'honneur, de la vengeance et des luttes mortelles. Très épuré et bénéficiant des somptueux paysages islandais, le film appartient à l'évidence à l'école européenne (Bresson et Bergman) loin de la vision hollywoodienne du Moyen-Âge. Parmi les acteurs, on reconnait notamment Eva Dahlbeck et Gunnar Björnstrand (Bergman toujours).
Orgie (Rankô), Koji Wakamatsu, 1967
Un tueur à gages se concentre sur son travail en espérant prendre sa retraite rapidement et riche. Mais la trahison de ses commanditaires met en péril son plan. Orgie (ou Débauche) s'inscrit dans la première partie de la carrière de Wakamatsu, cinéaste stakhanoviste (5 films en 1967). Pas très profond quant à son sujet mais efficace et rapide, bouclé en moins d'une heure dix. Le noir et blanc lui sied bien, quoiqu'il ne soit pas exceptionnel et l'interprétation est honnête, sans plus. Hormis les meurtres, le film prend plaisir à dénuder ses actrices et il ne faudrait pas chercher bien loin pour trouver Orgie sacrément misogyne, les femmes s'y révélant expertes en traîtrise. Le héros, melvillien comme il se doit, malgré les assassinats qu'il perpètre, est plutôt à considérer comme une sorte de romantique nihiliste.
Mitchurine (Michurin), Alexandre Dovjenkp, 1948
Dans son jardin, Mitchurine expérimente l'hybridation végétale et acquiert une grande renommée, y compris en Amérique, bien que le régime tsariste ne le reconnaisse pas. La Révolution russe va tout changer. Le Dovjenko de La Terre et d'Arsenal est bien loin en 1948 quand il tourne ce qu'on n'appelait pas encore un biopic, sur un agronome autodidacte, l'un des pères fondateurs de la sélection dans l'agriculture scientifique. C'est évidemment un prétexte pour un film de propagande à la gloire de l'URSS, de la politique de collectivisation et surtout de Lénine et de Staline. Ce type de long-métrage a souvent un intérêt mais là, le résultat est assez peu concluant, de par son aspect verbeux, d'une part, et à cause de l'académisme glorieux de sa mise en scène, d'autre part. Quoiqu'il en soit, le film fut récompensé par Staline, dont le culte de la personnalité était alors à son zénith.
Bouche d'or (Boca de Ouro), Nelson Pereira de Santos, 1953
À la mort du gangster Boca de Ouro, un journaliste interroge son ancienne maîtresse, Guigui. Celle-ci fait plusieurs portraits de son ancien amant. L'un des meilleurs films de la nouvelle vague brésilienne dans lequel Nelson Pereira dos Santos montre une large facette de ses talents après Rio Zone Nord et Sécheresse, notamment. Le film est construit à la manière de Rashomon avec trois visions d'un même événement, permettant de vérifier que toute vérité est relative. Ce portrait en 3 dimensions est aussi bien un film noir qu'une œuvre néo-réaliste (beaucoup de scènes captées dans la rue, dans le Rio des années 60). Sarcastique et flamboyant, Boca de Ouro est sans cesse imprévisible, rehaussé par une belle qualité d'interprétation. Il donne envie de poursuivre la découverte de la filmographie de Pereira dos Santos, très peu diffusée, malheureusement.
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