Faisceau de vieux films (Février/1)
La tía Tula, Miguel Picazo, 1964
La carrière de Miguel Picazo aurait été sans doute été autre sans la censure franquiste qui a bloqué la
plupart de ses projets. Pourtant, celle-ci n'a pas vu le mal dans le premier film du réalisateur, une peinture
accablante, mais très subtile, de la vie provinciale en Espagne dans les années 60, marquée par le poids de
l’Église et la répression morale et sexuelle. Adapté d'un roman de Miguel de Unamano, le film procède par
de remarquables ellipses, autour de la vie quotidienne d'une petite famille, sans la mère, décédée, avec sa
sœur pour la remplacer. Le climat oppressant culmine dans deux scènes violentes , volontairement courtes.
Le personnage de la tante Tula, énigmatique par certains points, est sublimée par le jeu de l'actrice Aurora
Bautista. La tía Tula, de par sa finesse narrative, son ambiguïté constante et la qualité de sa mise en scène,
mérite amplement sa place de grand classique du cinéma espagnol.
L'appartement (El pisito), Marco Ferreri, 1958
Des trois premiers longs-métrages de Marco Ferreri, tous tournés en Espagne, El cochecito est sans doute
le plus connu mais il ne faut pas négliger pour autant El pisito (L'appartement). A Madrid à la fin des années
1950, la crise du logement sévit. Rodolpho et Pietra ne se sont toujours pas mariés faute de posséder leur
propre appartement. Afin d'en récupérer un, Rodolpho se résigne à épouser la vieille Martina, mourante.
Voilà, tout est dit dans le synopsis et cette comédie noire, souvent chaotique et très bruyante, avec des
actions et des dialogues qui se chevauchent, n'est pas si loin, dans l'esprit, de l'Affreux, sales et méchants
de Scola. Le film eut la chance de ne pas déplaire à la censure, contrairement à d'autres films sur le même
sujet, à l'époque, en Espagne, dont le tort était de ne pas user d'une veine satirique.
Fata Morgana, Vicente Aranda, 1965
Autodidacte, le Barcelonais Vicente Aranda coréalise un premier long métrage aveant de se lancer en solo,
avec Fata Morgana. Cette dystopie mystérieuse, où il est question d'un meurtre qui va être commis, avec
une sublime jeune femme pour cible (Teresa Gimpera), évolue dans un climat onirique, ou surréaliste, si l'on
préfère, avec une tendance pop, celle-là même que l'on retrouvera plus tard dans Modesty Blaise ou
Barbarella. Volontiers opaque et malheureusement à peu près dénué d'humour, le récit de Fata Morgana,
témoigne cependant, comme les premiers films de Carlos Saura, d'une liberté nouvelle dans un cinéma
espagnol jusqu'alors bridé par la censure franquiste.
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