Carrousel de vieux films (Août/1)
Pourquoi viens-tu si tard ..., Henri Decoin, 1959
Un photographe de presse rencontre une avocate qui l'engage et en tombe amoureuse. Contrairement à ce que son titre semble indiquer, le film ne traite pas des amours tardifs mais de l'alcoolisme considéré comme une maladie grave. Y compris celui, quotidien et anodin, des petits verres inoffensifs pris par convention sociale ou sous le coup de la détresse. Il y a du beau monde au générique, notamment Albert Valentin à l'adaptation, Michel Audiard aux dialogues, Charles Aznavour à la musique, Francis Blanche et Claude Dauphin dans les principaux seconds rôles. L'alchimie du couple Morgan /Vidal fonctionne plutôt bien (ils étaient mariés dans la vie), ce dernier, souvent piètre acteur, livrant ici une excellente composition. Lui-même alcoolique (et toxicomane), il mourra à 40 ans, 7 mois après la sortie du film. Malgré un caractère démonstratif, surtout dans les dernières scènes, Pourquoi viens-tu si tard ... est un film solide, percutant et émouvant.
Manon 70, Jean Aurel, 1968
Des Grieux rencontre Manon à l'aéroport. Coup de foudre. Ils vont s'aimer, se tromper, se chamailler, se quitter, se retrouver ... Catherine Deneuve est très en beauté et Sami Frey est fort joli, aussi. Quant à Brialy, il fait son Jean-Claude. Ils se baladent entre Stockholm et la Côte d'Azur, elle essaie des robes de couturiers et fréquente des messieurs riches. Il n'apprécie pas, bien que "la jalousie soit démodée." Tout cela est rythmé par la musique et dialogué par Cécil Saint-Laurent. C'est élégant, sophistiqué, parfois charmant, gentiment amoral et assez souvent agaçant. Parce qu'au-delà de la question de savoir si la fidélité physique compte ou pas en amour, le film, adapté de l'Abbé Prévost (s'est-il retourné dans sa tombe ?) manque cruellement de substance. Par ailleurs, l'image donnée des femmes est, comment dire, pas très valorisante.
D'homme à hommes, Christian-Jaque, 1949
La vie et l'action d'Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, et récipiendaire du premier Prix Nobel de la paix, au soir de sa vie. Cette histoire du grand suisse est forcément édifiante et héroïque mais elle n'est pas qu'une banale hagiographie. C'est certes un condensé de sa vie, où manquent certains éléments, dont son enfance, mais comment faire autrement dans un film de 96 minutes ? L'essentiel y est surtout quand on ignore presque tout de son parcours : la bataille de Solférino avec le sort des blessés, qui le révolta au plus haut point, la création de la Croix-Rouge dont il fut rapidement évincé, ses lettres incessantes à tous les dirigeants européens, sa faillite financière et pour finir sa vieillesse dans un hôpital suisse. L'interprétation de Jean-Louis Barrault, toujours un peu raide et fiévreux à la fois, fait tiquer mais il a été plus mauvais ailleurs. En revanche, comme à son habitude, Bernard Blier est impeccable dans le rôle de son ami de toujours.
Les amants du Tage, Henri Verneuil, 1955
Deux être meurtris par les souvenirs se rencontrent à Lisbonne. Mais le passé ne meurt jamais. Adapté de Joseph Kessel, Les amants du Tage est à la fois une carte postale de la capitale du Portugal, un essai poétique ténébreux, un mélodrame douloureux et un suspense à combustion lente. Pas une réussite majeure de Henri Verneuil, dans un registre qui ne lui est pas familier mais on peut se laisser prendre à son charme déliquescent, vaguement sordide, avec ses trois personnages principaux, deux meurtriers et un flic retors, qui n'attirent pas d'emblée la sympathie. Daniel Gélin n'a jamais été aussi sombre et Françoise Arnoul naturellement sensuelle tandis que Trevor Howard impose son flegme britannique. Les pseudo accents portugais de Ginette Leclerc et de Marcel Dalio sont un peu ridicules mais les deux fados déchirants interprétés par la grande Amalia Rodrigues font oublier cette faute de goût. En somme, le film se laisse voir sans déplaisir pour peu que l'on apprécie ce cinéma typique des années 50.
Prélude à la gloire, Georges Lacombe, 1950
Doué d'une oreille musicale remarquable, le petit Roberto, 10 ans, est repéré par un professeur de musique. Si Roberto Benzi, qui a dirigé son premier orchestre à 11 ans, est le héros de Prélude à la gloire, il ne s'agit pas de sa propre histoire, ou alors extrêmement romancée. Il fit cependant connaître son nom d'enfant prodige de la baguette, avec la carrière prestigieuse qui s'ensuivit. Comme assez souvent dans con cinéma, Georges Lacombe joue de la fibre sensible, pour ne pas dire sentimentale. Autour du garçon, orphelin, se trouvent des tuteurs modestes, un professeur bienveillant et des margoulins qui veulent tirer des profits commerciaux de l'enfant. Mais le film reste sobre et délicat dans son traitement, heureusement, même s'il a beaucoup vieilli. Nul doute en tous cas qu'il suscita des vocations musicales. Trois ans plus tard, Lacombe dirigea à nouveau Roberto Benzi, dans L'appel du destin, au registre bien plus mélodramatique.
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