Insensible à la douceur (L'accident de piano)
Le cinéma de Dupieux fait causer et s'exclamer, pour ou contre, et c'est sans doute trop lui accorder de crédit, eu égard à quantité de films qui, pendant ce temps, passent sous le boisseau. Mais que voulez-vous, l'animal intrigue et parvient toujours à surprendre, que cela soit pour le meilleur ou pour le pire. Dans un registre très noir mais cependant assez jouissif, L'accident de piano montre non pas son insensibilité à la douleur, comme son héroïne, mais à la douceur, pourfendant notre époque démoralisée et amorale sans aucune pitié. Passent à la moulinette les journalistes, les suiveurs (followers) de tous poils mais surtout les influenceurs, ces gourous des temps modernes, qui vendent du vent et récoltent des carpettes. C'est du très féroce là, mais distrayant aussi, pour peu que l'on accepte le cynisme décomplexé de la chose. Et puis Dupieux a le chic pour attirer des acteurs dans des rôles invraisemblables et absurdes qu'ils n'ont pas l'opportunité de trouver ailleurs. Et ils excellent tous et toutes dans L'accident de piano, à commencer par Adèle Exarchopoulos, inouïe, adepte des transformations physiques, à côté de laquelle, de manière moins spectaculaire, Sandrine Kiberlain, Jérôme Commandeur et Karim Leklou tirent leur épingle du jeu, sans peur aucune du grotesque. A l'instar de leur réalisateur, ils osent tout et c'est à cette audace qu'on reconnaît leur talent.
Le réalisateur :
Quentin Dupieux est né le 14 avril 1974 à Paris. Il a réalisé 14 films dont Le Daim, Mandibules et Fumer fait tousser.
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