Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Aux Arcs, etc. (7)

 

Mon tour d'Europe, via les Arcs, se poursuit avec bonheur.

 

My wonderful Wanda (Wanda, mein Wunder), Bettina Oberli, Suisse.

Changement radical de perspective pour la cinéaste suisse Bettina Oberli qui, après l'excellent Le vent tourne, se livre à un jeu de massacre réjouissant dans Wanda, mein Wunder. Ou comment deux mondes, l'un (très) riche, à l'ouest, l'autre pauvre à l'est, s'affrontent dans une lutte qui utilise les clichés à son délicieux avantage. Au final, c'est un match nul : Pologne 1, Suisse 1, avec une vache laitière comme arbitre. Si la réalisatrice ne ménage pas les bourgeois helvètes confits dans leurs préjugés et leur opulence oisive, elle n'en est pas moins acerbe quant à la façon dont il est possible de leur soutirer quelque argent, dès lors que leur vulnérabilité en offre la possibilité à une jeune femme vénale venue d'Europe de l'est. Le film atteint son acmé dans des scènes loufoques où chacun jette sa dignité par-dessus les moulins mais, au fond, il ne cesse, malgré une certaine cruauté, à leur accorder une part d'humanité, voire de générosité. Un poil trop long, Wanda, mein Wunder réussit cependant à maintenir l'attention, par la qualité de son écriture et un casting très cohérent où brille particulièrement l'indispensable Marthe Keller, excellente en matriarche qui traverse les tempêtes sans perdre de son stoïcisme.

Note : 8/10

 

AV: The Hunt, Emre Akay, Turquie.

Les crimes d'honneur ont toujours cours en Turquie, malgré leur pénalisation. Avec un certain courage, Emre Akay s'attaque au sujet dans AV: The Hunt et le soumet au rythme d'un thriller haletant, ce qui est plutôt une bonne idée. Et tout fonctionne assez bien pendant une petite heure avant que le scénario ne se mette pour de bond à tourner en rond, en multipliant les scènes d'action, avec une frêle héroïne qui malgré les blessures se métamorphose en une bête de combat, encore plus cruelle que ses assaillants. Dans cette société traditionnellement patriarcale, une femme en proie à la vindicte masculine ne peut s'en sortir qu'en luttant comme un homme, on comprend bien le message, mais pas sûr que bien des spectateurs prendront AV: The Hunt pour autre chose qu'un film de survie, avec des méchants bas du front et en tous cas seulement capables d'un sentiment unique, à savoir une haine misogyne viscérale. A mettre au crédit du film : sa mise en scène nerveuse et maîtrisée, notamment dans tous les scènes de forêt, nombreuses, et la photographie qui met en lumière les beautés spectaculaires des paysages turcs. Au départ, Emre Akay avait l'intention de filmer un véritable western avant d'y renoncer pour des raisons budgétaires. On retrouve cependant certains éléments de cette option initiale mais il est simplement dommage que le récit soit aussi redondant et parfois peu vraisemblable, surtout dans sa deuxième partie et son dénouement.

Note : 4,5/10

 

A Good Man, Marie-Castille Mention-Schaar, France.

Au début de A Good Man (un titre en anglais qui ne s'imposait pas et ridicule), quelques vagues flashes remontent d'un film de Jacques Demy : L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune, avec Marcello Mastroianni enceint. C'était une autre époque et une comédie pas très fine ce que le film de Marie-Castille Mention-Schaar n'est manifestement pas, traitant de la transparentalité avec son intrinsèque complexité. Il faut du culot et une belle dose de courage pour s'attaquer à un tel sujet, que d'aucuns jugeront contre-nature et choquant. Le film marche d'ailleurs sur des œufs, évoquant certes le regard des autres, de la famille en particulier, sans nier les oppositions mais dans une tonalité finalement douce, qui n'est sûrement pas conforme à la réalité, dans ce genre de situation. L'objectif de la réalisatrice consiste d'abord à montrer la ",normalité" d'un couple amoureux et qu'importe qu'il soit gay au départ et que l'un des deux soit trans. L'intérêt de A Good Man est de nous confronter à nos propres a priori, à notre définition de l'identité sexuelle, quitte à être remué par cette confusion des genres et à grandement sortir de notre zone de confort. La performance de Noémie Merlant dans le rôle de Benjamin est sidérant tant elle est méconnaissable et on ne peut plus convaincante. Plus classique, l'interprétation de Soko est néanmoins bluffante. Il y a sans doute une certaine candeur dans le film, dans ses derniers instants notamment, qui pencherait vers une évolution positive de la société. Le bébé et le papa vont bien, la maman aussi, et au fond, si tout cela n'était qu'une histoire assez conventionnelle de désir d'enfant, non ?

Note : 6/10

 



22/12/2020
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